Océanie quai Branly : la leçon de piano Maorie

Océanie : un tiers de la surface du globe, 25 000 îles. À l’occasion des 250 ans du premier voyage de James Cook,  le musée du quai Branly organise une exposition qui réunit 200 pièces et se divise en 4 thèmes : le voyage, l’ancrage, la rencontre, la mémoire. Le parcours fait dialoguer arts océaniens traditionnels et créations contemporaines.

La mer : identité et communauté

À l’entrée,  une installation de 11 m de haut en forme de grandes vague. On ne pouvait trouver meilleur symbole de lien et d’identité entre ces multiples cultures que la mer (Moana).

La visite se poursuit par la “salle des pirogues”. On admire la finesse d’exécution des proues aux oiseaux, la délicatesse des éléments en forme d’ailerons de requin.
Les pirogues étaient utilisées pour pêcher, pour faire la guerre et servaient de véhicules aux défunts et aux dieux.

La statuaire d’êtres transcendants est très connue. Elle marque une certaine filiation entre les dieux, les ancêtres et les hommes en Océanie. On remarque des motifs tatouées évoquant la succession de générations sur une figurine féminine.
L’exposition présente également la statue du dieu A’a qui obséda Picasso lequel possédait une copie en fonte. La commissaire  Stéphanie Leclerc-Caffaret attire l’attention sur les 30 figures en relief sur le corps de la divinité qui évoquent les générations séparant le Dieu A’a du chef dont les os reposaient autrefois dans le ventre de la statue. Cette forme de filiation est gage d’identité et d’ancrage communautaire.

Rencontres : la leçon de piano version maorie

La thématique “rencontres” traite à la fois des rapports entre les communautés et les colonisateurs. On découvre des objets renvoyant aux rituels, aux valeurs, au cérémoniel.
Parmi les objets rituels des coiffes stupéfiantes par leur composition, leurs ornements et leur dimension. On note que les objets de valeurs ne sont pas faits comme en Occident d’or ou de pierres précieuses mais de coquillages, de plumes et d’un fin travail de vannerie.

Les rencontres avec l’Occident ont été dénoncées à raison comme un pillage ayant pour résultat une acculturation de l’Océanie.
Les artistes ont néanmoins su récupérer et interpréter les apports des colonisateurs. Ainsi on observe sur une statue représentant un homme et une femme un pigment “bleu lessive” issu d’un agent éclaircissant importé par les Blancs (fin 19e-début 20e)
Plus loin, on voit  un grand cimier peint sur ses deux faces avec d’éclatantes peintures occidentales.
Mais la pièce maîtresse de ces “rencontres” est le piano exposé à la biennale de Venise de 2011. Réplique du Steinwey du film “La leçon de piano” de Jeanne Campion, il est laqué de rouge et sculpté de motifs traditionnels. Transformé ainsi en œuvre d’art maorie, il suggère la possibilité d’inverser le message missionnaire prôné par les colons.
Avec “In pursuit of Venus infected” de l’artiste Néo-Zelandaise Lisa Reihana, se réapproprie, elle, une œuvre typique de l’imaginaire européen sur l’ailleurs océanien. Il s’agit d’un papier peint panoramique intitulé “Les sauvages de la mer Pacifique” créé par le français Jean Gabriel Charvet et présenté au public lors de la de l’exposition des produits de l’industrie française en 1806. L’artiste en a fait un film. On s’asseoit et on regarde défiler l’ensemble de stéréotypes sur l’Océanie en vogue à cette époque.

Mémoire et futur d’Océanie

Dans de nombreuses langues océaniennes, la grammaire place le passé devant. Celui-ci sert de point de repères grâce auquel on peut progresser vers un futur inconnu.
Dans la partie “mémoire” de l’exposition, des artistes interrogent ce futur très incertain à travers le réchauffement climatique et ses conséquences -montée des eaux, disparition des îles- la globalisation mais aussi la persistance de certains modèles de pensée coloniaux.
On s’attarde sur deux œuvres contemporaines. La vidéo d’une danseuse océaniennes vêtue d’une austère robe coloniale exécutant une danse traditionnelle montre, à travers les images accélérées indiquant un état de transe, la persistance de l’héritage culturel océanien sous le vernis puritain imposé par les anglo-saxons.
Sur le mur adjacent, une série de moulages interroge la mémoire de générations d’habitants des îles et le futur des habitants de cette partie du monde sous le signe de la mer.

Léonore Cottrant

Océanie
Musée du quai Branly Jacques Chirac
12 mars-7 juillet 2019

http://www.quaibranly.fr

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