Nuuk Mo Malø : rites inuits et jumeaux pervers

Nuuk Mo Malø : rites inuits et jumeaux pervers

Nuuk Mo Malø : rites inuits et jumeaux pervers. En enquêtant sur une série de suicides d’ado, le capitaine Qaanaaq Adriensen plonge dans le monde chamanique d’un Groenland à la dérive.

Frédéric Mars vit plusieurs existences littéraires.
Depuis 2018 il s’essaie, sous le pseudo de Mo Malø, au polar nordique. Pas facile. Le genre obéit à des codes précis et doit son succès à son atmosphère très scandinave d’esprit (personnages forts et fine analyse psychologique), de critique (sociale et historique), ainsi que de géographie.
Cette géographie constitue le deuxième challenge. En Suède, en Norvège, en Finlande, en Islande et au Danemark, le territoire est occupé par des maîtres (1)
L’auteur se rabat sur le Groenland, pourtant bien balisé par Jørn Riel.
Le principe : une ville, un livre.

Avec Nuuk, le dernier opus de la série finaliste de quelques prix,  on visite plus le pays que la capitale. Une capitale devenue sexy avec le succès de Homo sapienne, le best-seller de Niviaq Korneliussen décrivant une scène artistique et festive animée par des minorités progressistes.
Branchée, la jeunesse est aussi cassos. Le Groenland détient le record des suicides dus en particulier aux agressions sexuelles.
Dans son récit, l’auteur va partir de ce triste constat pour nous initier au rites des Inuits, savoirs pervertis par des jumeaux aussi fascinants que dangereux.

Le capitaine Qaanaaq Adriensen – héros de la série- va redécouvrir un patrimoine qui est le sien puisqu’il est Inuit. Dans cette nouvelle aventure, Qaanaaq Adriensen purge une peine de placard après une affaire qui a mal tourné. La hiérarchie lui impose un suivi psychologique quotidien et une tournée des postes de police.
La psy va s’avérer trouble et la tournée virer au cauchemar. À chaque étape l’enquêteur croise un(e) adolescent(e) qui se suicide et reçoit des colis gore. Le dernier transforme son repas de mariage en un festin cannibale qui fait lourdement tanguer son couple. Pas de chance pour ce policier à l’enfance particulière et déjà secoué par deux deuils maternels récents. Qaanaaq Adriensen suit son instinct, sa paranoïa selon sa psy de plus en plus étrange, et croise le mal.

Nuuk n’a ni la finesse et l’humour des racontars de Jørn Riel ni la profondeur d’un Erlendur Sveinsson, le flic d’Arnaldur Indriadasson.
Toutefois l’intrigue est rythmée, les personnages s’affirment au fil du récit. Sous les yeux du lecteur défile un Groenland peu conforme aux cartes postales. Alcoolisme, chômage, maltraitance et avenir plombé pour les jeunes, le constat social ne brille pas par son originalité mais à l’avantage du réalisme.
Mais là n’est pas l’essentiel. L’intérêt principal réside dans le fil conducteur : les rites ancestraux (mention spéciale au tatouage au fil et au « Tinder » anti-endogamie) qui nous ouvrent les portes d’un monde magique en phase avec une nature sublime et souveraine bien que menacée. Au delà des animaux totems et de la notion de grand tout, retenons dans la cosmogonie et la mythologie des chamanes Inuits l’absence de meurtre du Père. Quand aux jumeaux primordiaux, ils laissent une empreinte de sang chaud sur la banquise.

(1) Quelques exemples pour mémoire : Jussi Adler Olson (Danemark), Pekka Hiltunen (Finlande), (Islande), Gunnar Staalesen (Norvège), Camilla Läckberg (Suède), Stieg Larsson puis David Lagercrantz (Suède), Henning Mankell (Suède) …

Nuuk Mo Malø : rites inuits et jumeaux pervers

Nuuk
Mo Malø
Éditions de La Martinière
http://www.editionsdelamartiniere.fr/

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