Tant qu’il y aura des cèdres Pierre Jarawan

Tant qu’il y aura des cèdres Pierre Jarawan livre une chronique familiale qui rencontre la mémoire du Liban sur le mode de la fable. Le jeu sur ces variables de réalité allié au duo complexe exil – enracinement portent ce premier roman et lui donnent son souffle.
Le cèdre millénaire est l’emblème du Liban. Tant qu’il y aura des cèdres, l’espoir vivra.
La chronique familiale éponyme de Pierre Jarawan débute par une image symbolique.
Brahim, le père de Samir, le personnage central, installe l’antenne parabolique qui permet de capter les chaînes internationales et bien entendu libanaises car « On ne quitte jamais vraiment le Liban ». Un des « mantras » préférés du « patriarche », Un adage qui rivalise avec celui sur la puissance des cèdres. C’est dire !
Le petit garçon va grandir dans une banlieue allemande. Une vie de réfugié pleine de saveurs, d’odeurs du pays, et d’histoires qui sentent bon l’Orient. Brahim le magnifique a reçu le don du conte. Il imagine des fables autour d’un dromadaire globe-trotter, sorte d’Aii Baba dont la richesse serait l’amour et non l’or ou les pierres précieuses. Les inventions paternelles nourrissent et réchauffent l’enfance. Mais l’idole du petit Samir disparaît brutalement après l’apparition d’une image du passé. À 8 ans, terminé les rires, les personnages qui construisent et consolent. Restent le vide, les questions, le deuil impossible.
La figure du père irradie les premières pages, hante les autres.
Adulte, Samir part à Beyrouth. Une démarche qui relève autant d’un travail sur la mémoire que d’une enquête. La fable que racontait Brahim va s’incarner. Au fil de la découverte du Liban, les personnages du conte enfantin deviennent des hommes. Des Libanais de tous horizons qui accompagnent le jeune homme dans son voyage à travers les paysages, les villages, la politique, l’histoire croisée du pays et de la famille.
Tant qu’il y aura des cèdres de Pierre Jarawan plonge dans le passé et la culture libanaise. Le livre passe de la chronique familiale au reportage avec une fable comme fil rouge. Cette approche très personnelle a fait du roman un best-seller traduit en plusieurs langues.
Une lecture d’été pour approcher la réalité complexe du Liban. Une lecture malheureusement d’actualité. Le 4 août 2020 les explosions de près de 7 000 tonnes de nitrate d’amonium ont fait 154 morts, 5 000 blessés et 300 000 sans abris (chiffres provisoires). Elles s’ajoutent à la pire crise économique et financière du pays.
Tant qu’il y aura des cèdres
Pierre Jarawan
Éditions Éloïse d’Ormesson
http://www.editions-heloisedormesson.com
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