Des diables et des saints : Jean-Baptiste Andrea joue la musique de l’enfance orpheline

Des diables et des saints : Jean-Baptiste Andrea joue la musique de l’enfance orpheline .À travers le portrait d’un orphelin devenu pianiste en transit, l’écrivain poursuit son exploration du monde des recalés de la norme. Le tout au milieu d’une nature toute puissante. Du nature writing magique croisé à un humanisme sensible.

Beethoven à Orly

Dans les gares il y a des pianistes. Dans les gares il y a des gens qui écoutent le pianiste. Des badauds et des mélomanes. Jean-Baptiste Andrea a eu l’idée de son roman en voyant ces scènes. D’où viennent ces frappeurs ou caresseurs de clavier ? Pourquoi jouent-ils en transit ? L’imagination de l’auteur s’affole et renoue avec les montagnes, les éléments et une dose très personnelle de magie. Le tout dans une veine scripto-orageuse du moins pour la musique sur laquelle il s’est beaucoup documentée. « Je touche au clavier. L’arpège furieux, des accords, prestos agitato (…) Vos pupilles changent de taille, un drogué qui respire de nouveau après injection d’adrénaline. À la fin vous restez silencieux. Longtemps. Vous avez pris une tornade en pleine figure et 1000 autres avant vous » fait-il dire à son héros. Parfois il se fait tard donc il se fait do « J’endors un do dièse entre le départ de 19h03 pour Annecy et l’arrivée de 19h04 en provenance de Béziers » Le do c’est une clef. La femme qu’il aime, perd et cherche toute sa vie, il l’aime en do mineur.

Mais qui est donc ce mystérieux génie digne des Carnegie Hall et des Scala ? Le livre est la »confession » de ce pianiste solitaire.

On remonte dans le temps. Jean-Baptiste Andrea aime remonter le temps. Dans son précédent roman le graal de son héros était un dinosaure. Ici c’est une femme et une rose perdues il y a 50 ans.

Le pianiste s’appelle Joseph disons Joe. À 10 ans le petit garçon perd ses parents. Il est placé aux Confins, un orphelinat des Pyrénées tenu par un abbé à l’ancienne – à la très ancienne- et son âme damné, un ancien militaire cabossé et sadique.

Un style pour panser les cassures

Pour survivre il va « faire bande ». Avec Momo arrivé en même tant que lui d’une Algérie perdue. Edison un surdoué de la physique et des communications hertziennes. Danny le magnifique. Fouine seul survivant d’un crash d’immeuble à Marseille. Sinatra qui vit dans l’espoir que son père, le crooner éponyme, viendra le chercher. À chacun ses rêves à chacun son Graal. Celui de Sousix (né sous X), 9 ans, est de connaître la fin du film Marie Poppins. Pourquoi ? La bande le saura lors d’un concours de l’histoire la plus triste. Un des rituels des soirées du dimanche soir sur les toits à écouter la radio fabriquée par Edison.

La langue est aussi concise que poétique. Elle sert un quotidien de cassures. Elle le transcende en une explosion de petits riens créatifs. Sousix en est le plus bel exemple.

Le récit des années d’orphelinat et ses rites d’éducation est glaçant. Il y a le froid, l’humidité, les coups et les humiliations éducatives. En particulier la cape de pisse que doit porter Sousix quand ses rêves sont si durs qu’ils pèsent trop sur sa vessie. Il doit alors la porter en courant dans la cour jusqu’à ce que le vent la sèche. Parfois c’est un autre qui la porte.

Alors Sousix et les autres rigolent. Car les gamins ne sont ni des saints ni des diables.

Être orphelin : une maladie honteuse et contagieuse

Lors de ces années dans un orphelinat perdu au fond des montagnes, Joe apprendra aussi qu’être orphelin est vu comme une maladie honteuse. L’horphelin sent la loose et le malheur. Les autres, ceux que ce malheur n’a pas frappé, fuient par risque de contagion. Quand on est orphelin on en porte l’odeur. C’est ce que lui confirme l’abbé Senac.


La musique : le rythme de la vie

Le directeur, il en devient le secrétaire contre un accès au piano. Une évasion autant qu’une voie de survie. Joe est doué, très doué. Il le doit à l’enseignement d’un maître génial et tyrannique Alon Rothenberg. C’est ce rythme, cette force qui ébranlent Rose, la fille du principal bienfaiteur de l’orphelinat.

Des diables et des saints est un grand roman sur les a priori sociaux, sur la perte et la résilience par les liens, les rêves et la musique. Avec ce livre, Jean-Baptiste Andrea se pose à nouveau en maestro d’une nature qui dicte ses lois. Du nature writing « magique.

Des diables et des saints

Jean-Baptiste Andrea
Éditions Iconoclaste https://editions-iconoclaste.fr/livres/des-diables-et-des-saints/

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