Art et mode au Centre Pompidou .L’exposition La traversée des apparences est un dialogue orchestré par Laurence Benaïm entre pièces de couturiers iconiques et collection permanente du musée. Un regard sur et au-delà de la silhouette, une vision de l’époque.
La mode dialogue avec l’art au Centre Pompidou. De nouveau. En 2022 on y avait découvert « Yves Saint Laurent aux Musées ».
Les centres de culture célèbrent de plus en plus la couture. Et pas seulement les lieux dédiés comme, notamment, le Palais Galliera et le Musée Yves Saint-Laurent à Paris ou encore la Cité de la dentelle et de la mode de Calais. Iris van Herpen est invitée par le Musée des Arts décoratifs. Une exposition ode à la nature très réussie qui mêle art, fashion et technique comme macrocosme et microcosme. Avant la créatrice néerlandaise le MAD avait rendu hommage à Elsa Schiaparelli, couturière iconique, amie des arts et des artistes de Man Ray à Dali. Avant encore, le musée exposait Thierry Mugler l’avant-gardiste amoureux de théâtre et d’opéra.
Love affair entre mode et art
Le centre Pompidou plonge dans l’histoire.
« Depuis le début du 20e siècle, l’art et la mode sont en constant dialogue. Paul Poiret, l’une des premières stars de la couture française, fut aussi l’un des premiers à échanger avec des artistes comme Robert Delaunay, André Derain, Constantin Brancusi, Pablo Picasso ou encore Raoul Dufy ».
Un festival de couturiers stars et de grands noms de l’art
Viktor&Rolf robe au cadre en bois collection automne-hiver 2015
Laurence Benaïm, journaliste, autrice et commissaire de l’exposition introduit une distance, une touche d’humour dans cette alliance. À l’entrée en effet une pièce en forme de châssis écroulé de Viktor&Rolf qui moque la course à l’art.
Ensuite place à un festival de couturiers stars et de grands noms de l’art.
Dior, Chanel, Saint-Laurent … confrontent leur vocabulaire chromatique, leur grammaire stylistique aux œuvres de la collection permanente. Le corps est interrogé derrière les pièces. Prothèses, trompe l’œil, torsions.
Corset Jean-Paul Gaultier et Nonnens bØn de Wilhem Freddie
Le corset de Jean-Paul Gaultier en métal et dentelle plongé dans un bain d’argent converse ainsi avec le corps difforme de Nonnens bØn (La prière religieuse) du surréaliste danois Wilhem Freddie. De même la crinoline prothèse d’Amour Fati par Marine Serre appelle au changement, aux mutations, aux adaptations. La pièce en mise en regard avec les œuvres de Marcel Duchamp.
Marine Serre Amor Fatin et œuvres de Marcel Duchamp
Pas de discours ni de pédagogie dans ce parcours. Mais parfois des fulgurances ou une mise en abime avec des vêtements-tableaux en compagnonnage avec des tableaux. On remarque ainsi la redingote X faux cul rouge et noir de Yohji Yamamoto qui semble un tableau en regard du tableau rouge et noir de Kazuo Shiraga (photo d’ouverture). Et aussi l’incroyable correspondance entre l’élan et la palette chromatique de Hans Hartung d’une part et l’écriture blessée d’Issey Miyake de l’autre.
Et c’est la couleur qui éclate avec l’Alien bordé de Kevin Germanier, recyclage de trois silhouettes Germanier printemps-été 2022, perles de plastique upcyclées de Hongkong, fils de pêche. La couleur de l’engagement pour l’environnement. Le rose comme le rouge font écho au « popisme » d’Ulrike Ottinger figure de l’underground berlinois qui a notamment travaillé sur l’exclusion. Couleur encore avec la « Robe à la française » de Charles de Vilmorin et le Manège de cochons de Robert Delaunay.
Charles de Vilmorin et Robert Delaunay
Mouvement et corps avec le corset des frères Lalanne moulé sur le corps de la mannequin iconique Veruschka portant un drapé évanescent d’Yves Saint-Laurent. En regard Le Luxe d’Henri Matisse.
Yves Saint-Laurent et Henri Matisse
Au total 17 pièces invitent à poser un nouveau regard sur la collection du Centre Pompidou.