Beau livre Baïkonour épopée urbex en milieu spatial

Beau livre Baïkonour épopée urbex en milieu spatial abandonné. Jonk, photographe français issu du street art, mène une expédition à haut risque à la découverte des vestiges du cosmodrome et livre une nouvelle réflexion sur le temps qui efface la gloire des hommes.

Baïkonour. Un nom qui évoque les steppes désertiques du Kazakhstan mais surtout la base spatiale fleuron de l’industrie soviétique. Au sol un climat extrême, dans l’espace des conditions définitivement invivables pour l’homme. Mais aussi l’espoir de gagner des étoiles. Celles de l’infini sidéral comme celles qui décorent les uniformes des généraux apparatchiks. Bref les lauriers aujourd’hui fanés de la guerre froide des étoiles.

Urbex et conquête spatiale

Créé au milieu des années 50, le site a tout d’abord pour mission la mise au point de missiles balistiques. Ensuite, l’ex-URSS en fait le centre névralgique de la conquête spatiale : lancement des premiers satellites puis envoi de cosmonautes. En 1957, Khrouchtchev annonce ainsi la mise en orbite de Spoutnik-1. L’union soviétique remporte la première étape de la guerre. Et quelques autres « premières ».

Depuis l’indépendance du Kazakhstan en 1991, après l’éclatement de l’empire soviétique, la Russie loue le site. Une activité qui devrait se poursuivre jusqu’à fin de la « location » russe en 2050. Mais Baïkonour demeure la base de lancement la plus active du monde.

Aujourd’hui une partie du site est abandonnée. Plus précisément quelques hangars et rampes de lancement. Avec deux pépites. Les deux navettes spatiales du projet Bourane (Buran). En 1988 la première navette spatiale soviétique, du nom de Buran, est lancée en réponse au programme initié par la NASA en 1972. Une seconde a été achevée mais n’a jamais volée. Boris Yeltsin a en effet arrêté le programme en 1993. Les atteindre : le fantasme ultime de tout urbexeur. Ou presque.

Jonk rappelle, de manière beaucoup plus détaillée, l’histoire du cosmodrome qui se confond avec celle de la guerre froide et de la géopolitique en général. Il illustre l’introduction de son beau-livre avec des documents de propagande de l’époque qui emprunte aux Dazibao maoistes, à la culture du héros communiste.

Expédition à haut risque sur site militaire

« J’ai visité plus de mille lieux abandonnés à travers le monde et celui que je présente ici prend aisément la première place. À double titre : sur le plan du lieu en lui-même, qui est à la fois unique, extraordinaire, et sur celui de l’expédition qui lui est associée » écrit Jonk.

Le photographe français issu du street art, spécialisé dans le style Urbex, consigne dans un journal de bord son périple dans le site abandonné. Une dizaine de km2 au milieu des quelques 7 000 du cosmodrome. Il a parcouru de nuit « 20 km dans le désert kazakh pour rentrer en fraude dans ces hangars où il a dormi 3 nuits, échappant aux rondes des militaires qui sécurisent l’espace ». Jonk est sorti indemne de cette incroyable expédition. Non sans risque. En juin 2024, un jeune Français est mort de déshydratation après plusieurs jours dans la steppe pour pénétrer sur le cosmodrome russe de Baïkonour.

Jonk explore le bâtiment 112 avec les deux navettes et le site le plus proche qui abrite la fusée Energia. Il renonce au site 110, l’aire de lancement de la navette. Trop éloigné. L’équipe du photographe risquait de se faire arrêter lors d’une ronde militaire.

Baïkonour : navettes fantômes et clichés sur le temps

Sur site, Jonk photographie les navettes en hauteur depuis une passerelle « qui est une mince plaque d’acier avec 50 m de vide sous le pied, pour obtenir le meilleur point de vue ». Ensuite, pour accéder à l’intérieur, il passe d’échelles vétustes en barres rouillées parfois à plusieurs mètres du sol. Un travail de photographe acrobate.

Jonk prend les navettes, la fusée mais aussi et l’environnement. En mode micro (prise électrique) ou en plan large (aire de lancement Buran). Les peintures écaillés, les lambeaux de cage d’escalier immergent dans un temps révolu qui sera reconquis par la nature.

Un impression d’immensité se dégage des photos. De lumière parfois et d’un mélange de légèreté et de pesanteur. Notamment avec la photo de l’Orbiter K2- Ptichka depuis le niveau 0. Un univers d’acier et de béton fait de poutres et de ponts avec au milieu la navette qui semble prête à s’élancer à travers le puits de lumière. Presque en « contrechamp », les deux navettes photographiées depuis le pont semblent définitivement clouées au sol dans la pénombre. Des navettes fantômes. Deux clichés parmi d’autres sur le temps et la gloire éphémère des hommes.

Le temps Jonk aime le saisir avec des pendules arrêtées ou à travers des éléments d’architecture ou encore des graffitis. Ici évidemment reflets du fameux réalisme soviétique.

INFOS

Baïkonour, vestiges du programme spatial soviétique par Jonk

Éditions Jonglez

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