Expo Olga de Amaral l’âme du Fiber Art

Expo Olga de Amaral l’âme du Fiber Art à la Fondation Cartier pour l’art contemporain. Solaires ou lunaires, en pluie ou en cordes, les créations de l’artiste mexicaine sont des variations enchanteresses autour de la vie, de la nature, des origines. Une maîtrise des matières et des pigments associée à la géométrie du Bauhaus repoussent les limites de l’art textile en créant notamment des effets 3D. Ensorcelant !
La dernière exposition dans les locaux du boulevard Raspail s’inscrit dans l’esprit du lieu comme dans les rétrospectives sur des grandes créatrices.
« Au cœur de notre ADN, il y a le « Sud » et ses femmes artistes qui ne sont pas encore assez connues en France. En 2019 nous avons donc organisé « Géométries du Sud » où Olga de Amaral était déjà présente. Trois ans plus tard, en 2022, nous avons proposé la première exposition parisienne de l’artiste aborigène australienne Sally Gabori » rappelle Chris Dercon, Directeur Général à la Fondation Cartier pour l’Art Contemporain. Aujourd’hui c’est l’art textile qui est à l’honneur. Un art longtemps considéré comme secondaire et réservé aux femmes. Un « art de fifille » comme le dénonçait Annette Messager. Au delà du design, le Fiber art, du moins celui d’Olga de Amaral, dit pourtant l’histoire, questionne la perception, les cosmogonies.

« Cette grande rétrospective européenne a demandé trois ans de travail avec Olga et sa famille à Bogota » précise la commissaire Marie Perennès. « Elle rassemble près de 90 œuvres créées entre les années 1960 et aujourd’hui. Beaucoup n’ont jamais été présentées hors de Colombie. Mémoire, territoire, temps, tout cela résonne avec cette dernière étape de l’histoire de la Fondation, boulevard Raspail » (1).
Architecture, matières et paysages
Née en 1932 à Bogota, Olga de Amaral (Olga Ceballos Vélez) étudie le design et le tissage à l’Académie des arts de Cranbrook (Michigan- États-Unis) sous la direction de l’artiste finno-américaine Marianne Strengell entre 1954 et 1955. Olga s’y imprègne des enseignements du Bauhaus sur l’architecture et la géométrie. Une influence qu’elle conjuguera plus tard avec la connaissances des couleurs et des techniques des peuples colombiens. Les paysages de hauts-plateaux andins, les vallées et les plaines tropicales influencent aussi beaucoup l’artiste.
« L’exposition met en lumière ses différentes périodes artistiques : de ses recherches formelles (sur la grille, la couleur), à ses expérimentations (sur les matériaux et l’échelle), en passant par les influences qui l’ont nourrie (l’art constructiviste, ou encore l’artisanat local et l’art pré-colombien) » résume la Fondation Cartier pour l’Art Contemporain
Au rez-de-chaussée un ensemble de pièces monumentales jouent avec la lumière qui habite le lieu. « L’architecture est familière à l’artiste qui conçoit des pièces sculpturales » souligne Chris Dercon. Les créations sont suspendues. Olga de Amaral a en effet très tôt « libéré » la « tapisserie » du mur.

Ensuite, vue sur les Brumas (Brumes), une pluie de matières aux motifs colorés et géométriques peints directement sur le coton des fibres. Hypnotiques, les Brumas, initiés en 2013, frappent par leur beauté formelle et leur degré de technicité. Les pièces génèrent indéniablement une légère modification de la perception. Olga de Amaral parle d’espace de médiation.
Au sous-sol, les Estelas (Étoiles) initiées en 1996. Passage de l’aérien au solide avec des stèles couvertes de feuilles d’or.
Techniques et inspirations

Afin d’obtenir ce rendu onirique de paysages mouvants traversés de lumière ou de soleil d’or massif, Olga de Amaral travaille le lin et le coton. Puis, selon les pièces, ajoute du gesso, de la peinture, des feuilles d’or. Elle s’est aussi inspirée de la technique japonaise du kintsugi, découverte chez son amie, la céramiste Lucie Rie dans les années 70. Le procédé consiste à réparer un objet en comblant ses failles avec notamment de la poudre d’or. Cet attrait pour l’or trouve aussi sa source dans la rutilance des autels catholiques en Amérique Latine. Une manière d’impressionner les nouveaux ou les futurs convertis par l’éclat et la puissance. L’or renvoie également à l’héritage pré-colombien.
Olga de Amaral utilise des milliers de fils de cotons pour ses Brumas. Plus généralement, elle découpe des centaines de petits carrés à partir d’une bande de tissu composée de lin et de coton. « Ces fragments sont les mots que j’utilise pour créer des paysages dans les surfaces et les textures mêlent, diverses émotions, souvenirs, significations et connexions » lit-on dans la catalogue.
Les titres des œuvres incarnent les mots en phrases paysages. On retient ainsi « Mur tissé de vieux pins », ou encore « Falaise au coucher du soleil ». Marie Perennès souligne la connotation impressionniste des titres. Elle l’explique par une sensibilité commune envers la nature. Dans le catalogue de l’exposition la commissaire cite Gran maraña paramuna une œuvre de 1970 de plus de 5 mètres de haut. « Maraña signifie « broussaille » et paramuna fait référence au biotope des hauts plateaux de la cordillère des Andes ». On devine aussi la mer des Caraïbes dans Umbra 51 (Ombre 51) et la cohabitation entre les cultures humaines et le monde naturel dans Cenit 2 (Zénith 2).

La couleur est un langage
Quant à la couleur, Olga de Amaral la vit. « Je sais que c’est un langage inconscient, et je le comprends. La couleur est comme une amie, elle m’accompagne ». Bleus et verts des paysages alternent par exemple avec le rouge des céramiques.
L’artiste a fait des recherches pointues pour cerner la couleur comme pour créer des œuvres paysages. On pense à la force évocatrice et spirituelle des toiles de Sally Gabori sur les phénomènes climatiques comme les Morning glories, ces cylindres de nuages typiques des matins australiens.
Le Fiber art d’Olga de Amaral sublimé par la scénographie

Le Fiber art d’Olga de Amaral est sublimé par la scénographie avec une aile solaire au rez-de-chaussée puis une aile lunaire au sous-sol.
Cette scénographie est pensée par l’architecte franco-libanaise star Lina Ghotmen qui a notamment conçu le Musée National Estonien et le Stone Garden à Beyrouth. « Pour cette exposition, je me suis s’inspire du jardin de Lothar Baumgarten et des lignes de Jean Nouvel » précise l’architecte. « J’ai ajouté des roches ardoise afin de révéler les couleurs des grandes œuvres ».
Lina Ghotmen a par ailleurs posé sur les vitres un film qui crée un effet de réfraction en dialogue avec le jardin. Une « astuce » qui renforce aussi le rayonnement et la fragilité de la pluie de couleurs des « Brumas ». « Au sous-sol j’ai voulu créer un cocon avec des couleurs foncées et poursuivre l’idée de spirale et de courbe qui accompagne le retour à la terre évoqué par les rouges sombres ».
L’exposition Olga de Almaral est un autant un enchantement qu’un voyage. La Fondation Cartier fermera ses portes sur un moment suspendu.
(1) En 2025 la Fondation Cartier pour l’Art Contemporain va ouvrir son nouvel espace place du Palais-Royal
INFOS
Exposition Olga de Amaral
Du 12 octobre 2024 au 16 mars 2025
Fondation Cartier pour l’art contemporain
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