Expo intime au MAD

Expo intime au MAD. Des tableaux de Vuillard aux stories des réseaux sociaux en passant par la chambre, la toilette ou encore les sex-toys, le musée des Arts décoratifs tente de percer le mystère d’un caché d’ailleurs essentiellement féminin et évoque ses nouveaux défis.
Le clef d’entrée de l’exposition est un trou de serrure géant et rose juste devant la Nef. D’emblée l’intime s’attache-t-il au voyeurisme ? À un espace coquin comme le tableau Le Verrou de Fragonard ? Les objets familiers révèlent-ils des mystères comme chez Magritte, ses portes et ses serrures ? Des portes en voici chez le Danois Vilhem Hammershøi et des fenêtres aussi chez Paul Delvaux. Avec toujours des femmes à proximité. Comme confinées.

Au total 470 œuvres, peintures et photographies, mais aussi objets d’art décoratifs, du quotidien et de design, suivent l’évolution d’un territoire privé objet de fantasme, de discrimination sociale, sexiste, mais aussi lieu de déploiement d’imaginaires et de nouvelles appropriations.
L’intime enfermement

À l’entrée un tableau d’Édouard Vuillard montre les femmes dans leur « intérieur ». Les robes, les chevelures se fondent parfois aux tapisseries. En dialogue un document de l’Ina, « Comment distraire la femme d’intérieur », rappelle comment les hommes à travers la décoration et ses objets ont construit et codifié la maitresse de maison. Plus tard, cet intérieur se resserre sur la chambre « interdite » des ados cette fois-ci cocon de liberté. Plus tard encore ce privé est mis en scène pour les écrans. Va-et-vient entre caché-montré, privé-public.
La chambre et ses débordements
La chambre privée est une invention récente et un signe extérieur de classe. Un autre tableau de Vuillard représente une jeune femme endormie dans son lit de fer forgé. C’est le signe d’un nouveau besoin né à la fin du 19e siècle : l’intimité … et une « chambre à soi » en est le symbole. L’exposition « L’intime de la chambre aux réseaux » montre des lits de toutes sortes puis des photos où le lit perd sa fonction première : dormir. On y travaille (Helena Rubinstein), on y peint (Frida Kalho), on y milite (John Lennon, Yoko Ono), on y cabotine (Ben, Salvador Dali) … Preuve donc que s’afficher sur les réseaux (ici les journaux) n’est pas nouveau.
Cocons design entre désir d’isolement et de proximité

Dans la nef, 25 chefs d’œuvres du design du 20e siècle. « Des pièces comme la Womb Chair d’Eero Saarinen témoigne du repli protecteur des années 1950- 1960. Tandis que des créations de Superstudio, Archizoom ou de Memphis reflètent le désir de rassemblement typique des années 1960-1970 » estiment les commissaires Christine Marcel et Italo Rota récemment décédé.
Toilettes et toilette – l’intime et le genre

Autour de la chambre il y a la toilette et les toilettes. Une gravure grivoise montre une femme « pissante » debout. Puis moins scatologique, des urinoirs (bourdaloue, pot pour uriner en public dans les festivals), des chaises percées et des bidets dignes d’un cabinet de curiosités. Notamment un bassin à menstruation. Mais aussi des WC high tech.

La toilette est bien le domaine de l’intime, le lieu de l’hygiène et des métamorphoses à travers l’eau -réhabilitée- les onguents et le maquillage. On croise la rare représentation d’une « Femme assise sur le bord de sa baignoire » signée Degas. Des miroirs à foison. Des poudres aussi comme celle dont Sarah Bernhard faisait la publicité et des parfums iconiques. Le make up assure une version de soi magnifiée, une identité travestie ou révélée. Dans une campagne de communication pour NYX, Bilal Hassani maquillé et accessoirisé conteste ainsi les photos d’identité qui reflètent les normes sociales.
Les enjeux de l’intime
Après un détour par la littérature érotique, l’exposition « L’intime de la chambre aux réseaux » aborde la sexualité, avec un impressionnant mur de sex-toys, et ses interdits comme notamment l’homosexualité longtemps stigmatisée.
Ensuite place aux réseaux sociaux et aux créateurs de contenus qui, empruntant à la télé réalité, pulvérise la frontière privé public et expose l’intime. L’intérieur de soi est partagé – souvent moyennant finances. Le journal intime, celui des pensées du 19e siècle devient blog, monnayable aussi. Les captures d’écran des publications Instagram des nouvelles stars des réseaux sont affichées. Lena Mahlouf en tête.

Quel est le degré de consentement à une hyperconnexion qui efface l’intime ? Quels sont les défis de l’hyper transparence de la chambre connectée à la surveillance de masse ? La créatrice polonaise, Ewa Nowak propose un masque design haut-de-gamme capable de faire barrage aux algorithmes de reconnaissance faciale. Ce bijou est une sorte d’arme et de parade. À la fois revendication d’invisibilité, de préservation de l’intime et protection anti-pistage.

Enfin, et c’est peut-être le plus frappant de cette exposition, l’intime précaire. Une série de photos sur les SDF exposés dans l’espace public sans possibilité de repli sur une quelconque sphère intime. Même choses dans les prisons et leur promiscuité. Kosuke Tsumura propose de son côté Final Home 44-pocket parka. Cette veste de survie imaginée en 1994 comme un abri ultime a été donnée à plusieurs ONG.
Photo principale Evan Baden Emily 2010
INFOS
Exposition l’intime de la chambre aux réseaux
Jusqu’au 30 mars 2025
Musée des Arts décoratifs
107, rue de Rivoli
75001 Paris
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