Art Mary Stephenson et le carrousel d’émotions

Art Mary Stephenson et le carrousel d’émotions. Le White Cube présente Mary! Go Round la première exposition de l’artiste anglaise en France. À travers une quinzaine d’œuvres liminales, la créatrice explore l’inconscient, l’éphémère, la finitude. Délicat et puissant.
L’exposition « Mary! Go Round » est le résultat d’un dialogue de l’artiste avec elle-même. Une concertation flash qui donne des toiles peintes en 20 ou 45 mn. Une performance étonnante face à la richesse des dégradés de couleurs et au fourmillement de motifs, de formes parfois cachées comme notamment les fenêtres dans les fenêtres de « Inflatable Home« .

Les quinze toiles présentées oscillent entre figuratif et abstraction. Une distance avec une autre série où Mary Stephenson peignait des figures de pantins qui jouaient, dansaient et s’enivraient dans une chorégraphie débridée. Un lien demeure toutefois entre les deux moments : le trouble. Une inquiétude qui surgit et habite le « playground » de l’espace social et intime.
L’urgence de peindre
Pour Mary Stephenson il y a urgence à traduire en pigments les émotions ou les messages de l’inconscient. « Mary! Go Round » fait d’ailleurs référence au terme anglais manège « merry go round », un tourbillon ou un carrousel de sentiments et d’événements. À cet égard la peinture est un médium que l’artiste traite « à la fois comme un collaborateur et comme une technique » pour peut-être canaliser ou simplement traduire les affects et la conversation qui bouillonne dans son esprit.
Retenir l’éphémère
Le résultat est iridescent, flotte entre abstraction et figuration et laisse entrevoir un univers domestique central pour la créatrice. Les formes dessinent des êtres organiques indécis, des paysages aux perspectives brouillées, des fils qui attachent les souvenirs (« Inflatable Home » de nouveau). Mary Stephenson lutte pour retenir l’éphémère avec des lumières formidables.
Espace et couleur au service de l’intime

L’artiste met parfois les couleurs et l’espace au service d’une catharsis autant personnelle que collective. Son motto : l’intime et, en premier lieu, la famille.
Dans « Delicate Structures, In A Sunflower Field« , une ferme, une grange, une maison de famille peut-être est entourée de tournesols. Au-dessus des champs, la perspective semble fuir vers l’infini tandis que la densité des fleurs s’estompe. Comme des souvenirs que l’on peine à conserver. Le jaune citron est, sur la majeure partie de la toile, un guerrier qui retient l’attention et capte la mémoire.

On retrouve un peu de la rondeur des tournesols dans « Red and Yellow and Blue » où trois boules flottent dans l’espace. L’artiste a peint la toile après un deuil. L’urgence de ne rien perdre et bien sûr la dimension cathartique.
À la fin du parcours deux tableaux « dialoguent ». L’un « Parent Shell« , aux formes organiques presque florales, figure la maison des parents. Tandis que l’autre, « 5 Swings », très géométrique, incarne la fratrie, Mary et ses quatre frères et sœurs. Les angles très saillants et l’orange claquant résonnent comme une alerte, un danger.

Du premier tableau, le fascinant, « Red route », jusqu’au dernier, « 5 Swings », la couleur ensorcelle. Mary Stephenson réussit avec des teintes faites de couches « voiles » à flouter les frontières réel-irréel, à installer un monde flottant.
Mary! Go Round est un voyage, une exposition qui installe une atmosphère onirique propice à l’introspection. Un travail délicat et puissant !
Photo principale Mary Stephenson @the artist
INFO
WHITE CUBE – PARIS
10, avenue Matignon 75008 Paris
24 janvier – 22 février 2025
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