Roman la Cité de Murakami une méditation pop

Roman la Cité de Murakami une méditation pop. L’écrivain japonais revient avec un livre fleuve sur l’amour, l’identité et le temps. Les personnages voguent en terre de réalité mouvante pleine de fantômes, de fantaisy, de chats et de muffins.
La Cité aux murs incertains était très attendue. Tout d’abord parce que chaque livre de la star japonaise de la littérature est un événement. Ensuite parce que Murakami avait annoncé avoir mis 40 ans à l’écrire. Plus précisément il voulait parachever un roman des années 80 inspiré d’une nouvelle plus ancienne : La fin des temps.
La cité alter monde
La cité aux murs incertains est en effet un lieu où le temps n’existe pas ou autrement. D’ailleurs tout est différent. L’enceinte semble en perpétuel et indicible mouvement, instable comme « l’intérieur d’un orgue ». Le saisons se succèdent mais sans vraiment affecter le quotidien immuable des habitants. Il y a partout une distance, un décalage avec le « réel ». Le personnage principal est à la fois acteur et observateur. Comme en médiation ou dans un état de conscience altéré.
Il est lecteur de rêves dans une bibliothèque qui rappelle celle de Kafka sur le rivage. Des rêves en forme d’œuf. Blancs comme la neige qui recouvre la Cité l’hiver et décime les licornes. Dans ce monde de la lenteur tout parait étouffé. Surtout les ombres. Chaque nouveau venu doit l’abandonner à un gardien. C’est donc ce que fait le héros en plus subir une scarification des yeux. Pour devenir lecteur de rêves un autre regard est nécessaire.
Ombres, fantômes, roman arthurien ou young adult un concentré de culture populaire
La narrateur arrive dans la Cité après l’avoir imaginée avec une jeune fille quand il avait 17 ans et elle 16 ans. Un amour intense et presque chaste. Murakami navigue dans la culture populaire entre le roman arthurien et la littérature young adult. Il emprunte également au réalisme magique d’un García Márquez que cite littéralement une jeune femme. Hors de la Cité. En questionnant d’ailleurs comme toujours les frontières entre réel et imaginaire.
L’identité ou la question du vrai moi
Haruki Murakami s’attache beaucoup aux ombres, aux esprits. Qui semblent terriblement réels. Il questionne également « le vrai moi ». La jeune fille dit être l’ombre de son vrai moi qui habite la Cité. Yellow Submarine, le jeune « différent », laisse son ombre marionnette dans une forêt avant de rejoindre la cité. C’est là qu’il doit accomplir la vocation de son vrai moi : lire les rêves. Le jeu entre l’ombre et le corps maitre brouille les frontière de l’identité, quête récurrente chez l’écrivain.
Fantômes et esprits habitent l’imaginaire japonais. Des yōkai ancestraux aux animés. Haruki Murakami navigue entre les deux cultures. Le jeune surnommé Yellow submarine en référence aux Beatles en est l’une des illustrations.
Narration et mantras
Haruki Murakami excelle dans le narration. La construction de la Cité le confirme. Des récits qui s’emboitent, s’enchainent Avec des répétitions, sortes de pitchs. Pour ne pas perdre le lecteur au fil des 500 pages ? Pour écrire de petits mantras, aide à cette lecture méditation ?
La cité aux murs incertains comprend trois parties. Toutes se focalisent sur le réel et l’irréel, le corps et l’ombre donc, en creux, sur l’identité. La première s’attache à l’amour et à la perte. Amour de deux adolescents puis disparation de la jeune fille. Amour de la Cité puis fuite. On note que pour rejoindre la Cité il faut le vouloir intensément « de tout son cœur » comme aimer à 17 ans. Murakami décrit précisément la cité comme il s’attache aux détails des rencontres amoureuses (lieux, vêtements).
La deuxième partie raconte la vie du narrateur dans une bibliothèque cernée de montagnes dont l’ancien directeur est un fantôme. Là aussi l’écrivain décrit son monde par le menu. Notamment des muffins aux myrtilles découverts dans un café tenue par une jeune femme qui évoque la jeune fille évaporée.
Enfin la troisième partie qui se déroule de nouveau dans la Cité , développe la question du temps (de son inexistence (ou de sa fin) et l’ancre dans l’intime de l’identité.
Partout la même lenteur, le même flottement, la même sensation de décalage.
Il faut être patient pour lire la Cité aux murs incertains. La lenteur peut décourager. Les pitchs répétitifs aussi. Mais si l’on se laisse emporter la lecture est un magnifique et troublant voyage. Mystique, philosophique et humain. Un engourdissement ensorceleur. On ne regardera plus jamais son ombre de la même manière. Mais toujours les chats, très présents dans le récit, avec la même fascination.
INFOS

La Cité aux murs incertains
Haruki Murakami
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