Art Rococo au MAD

Art Rococo au MAD . De Nicolas Pineau à Cindy Sherman l’exposition explore un style synonyme de kitsch pour les uns, de pureté de la ligne pour les autres. L’occasion aussi de (re)découvrir une partie de l’œuvre imprimée de l’architecte-sculpteur en marge du Printemps de dessin 2025. Et de (re)découvrir la soupière Pompadour de Sherman ou la robe commode de Tan Giudicelli.

Bénédicte Gaby commissaire générale

Barrrroque, Rooococo, le rococo, l’hybris de la courbe, dérive du baroque du XVIe siècle. Il est associé au style rocaille avec ses enroulements infinis. Le rococo se diffuse au XVIIIe siècle en Europe et couvre presque l’ensemble des disciplines : architecture, mobilier, décoration intérieure mais aussi musique ou encore peinture avec les pastorales légères et un rien coquines. Notamment celle de Fragonard, « Les heureux hasards de l’Escarpolette ». Le style est toutefois largement associé à la décoration. « Le rococo est un style qui place le décor et l’ornement au centre de tout et joue la fantaisie, l’hybridation. Ainsi une tige devient végétal, puis animal » résume Bénédicte Gady, commissaire principale de l’exposition. Le rococo regarde aussi vers la Chine. C’est en effet le moment des chinoiseries. De l’engouement pour la laque aux motifs ornementaux en passant par la perspective. Une Chine à la Boucher, souvent rêvée.

Le musée des Arts décoratifs sort de ses réserves près de 200 dessins, mobilier, boiseries, objets d’art, luminaires, céramiques et pièces de mode.

Pourquoi cette exposition aujourd’hui ?  » Le rococo est en vogue chez chez les jeunes designers. D’autre part, l’exposition est le fruit d’un travail pluriannuel sur le fonds de dessin Nicolas Pineau » explique Bénédicte Gady. Environ 500 dessins qui ont été acquis en 1908 par l’Union centrale des Arts décoratifs (ancêtre du musée des Arts décoratifs) auprès des ayants droits. Une « entreprise de sauvegarde patrimoniale » estime Bénédicte Gady.

Nicolas Pineau l’art de S

Les sinuosités du néo rococo du Second Empire à l’Art Deco

Le parcours débute justement par un focus sur Nicolas Pineau (1684-1754). L’architecte-sculpteur ornemaniste élève de Mansart et de Boffrand est en effet l’un des plus importants propagateurs du rococo. Un nouvel art de vivre, qui fuit la pompe de XIV et met tout en S comme le résume Charles Nicolas Cochin.

Nicolas Pineau part en 1716 à Saint-Pétersbourg à la demande du tsar Pierre Ier. Il imprime le style Versailles, référence absolue de l’époque, au domaine de Peterhof et s’active sur les chantiers de Saint-Pétersbourg. De retour à Paris en 1728, il travaille pour l’aristocratie et pour Louis XV, mais envoie aussi des modèles en Allemagne et en Russie. C’est alors qu’il explore le rococo ses pleins et des vides, son asymétrie. Diffusées par la gravure, ses œuvres marquent les arts décoratifs européens jusqu’à l’avènement du néo classicisme et la disgrâce du rococo.

Des dessins, des sanguines montrent le raffinement et l’exubérance de la ligne. Notamment un angle de cadre avec une hure de sanglier (photo principale) et une impériale de lit avec trophée.

Rococo & Co le va-et-vient du goût

La Chine rêvée dans le rococo

Le parcours propose ensuite une immersion dans l’atelier de Nicolas Pineau. Le sculpteur François Gilles retrace en effet dans une vidéo les trois étapes de réalisation d’une boiserie. C’est la fabrique du rococo. « Il s’agit de montrer comment techniquement on arrive à cette impression de légèreté » commente Bénédicte Gady.

L’exposition s’attarde plus loin sur les caractéristiques et les échos du rococo.

Fauteuil Jules Cron manufacture Jules Desfossé 1859

« Il existe différents points de vue sur le rococo. Pour certains c’est du kitsch. Par exemple les porcelaines, les cartes postales des scènes pastorales. C’est aussi le triomphe de l’ornement jusqu’à l’excès. En revanche pour les autres, le rococo incarne la pureté de la ligne sinueuse, le jeu infini de la courbe » rappelle Bénédicte Gady.

Corset Westwood et robe commode Tan Giudicelli

Robe commode Tan Guidicelli

On croise un fauteuil gondole anglais du XIXe siècle à côté du Poltrona di Proust, la bergère XVIIIe siècle revisitée par Alessandro Mendini. Des commodes laquées avec des bronzes au goût de Chine dialoguent avec du mobilier Second Empire comme le confident, le fauteuil double tout en sinuosités, ou les lianes luminaires de Royère. Le précieux côtoie alors les élans du naturel.

Mais les créateurs s’emparent des sinuosités infinies et des pastorales pour s’en moquer. C’est Tan Giudicelli et sa robe commode. Ou Viviane Westwood et sa robe corset ornée d’un détail du tableau Daphnis et Chloé de François Boucher. Ou encore Cindy Sherman et sa soupière de porcelaine au motif Pompadour ».

Soupière Pompadour Cindy Sherman

« II y a un va-et-vient dans le goût. L’exposition montre comment le style peut nourrir la créativité » estime Bénédicte Gaby. Pour la commissaire, la mise en regard des œuvres de Pineau et du néo-rococo « pose la question de la permanence et du succès d’un « goût », qui ne semble pas devoir s’épuiser ».

INFOS

Rococo & co De Nicolas Pineau à Cindy Sherman

du 12 mars au 18 mai 2025

MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS
107 rue de Rivoli – 75001 Paris
Réservation sur madparis.fr
Ouvert tous les jours sauf le lundi
de 11h à 18h

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