Drawing Now Paris 3 artistes époustouflants

Drawing Now Paris 3 artistes époustouflants. Focus sur les Belges Milan Jespers, Peter Depelchin et le Lyonnais Thibaut Huchard qui livrent des récits contemporains en puisant dans l’histoire de l’art et de la littérature
Milan Jespers (1992-) est passionné par le XIXe siècle. « C’est le moment où tout un monde de superstitions est en train de disparaître avec la modernisation. C’est aussi un prisme pour aborder la contemporanéité » explique l’artiste diplômé de l’École Supérieure des Arts Saint-Luc, section bande dessinée.
Milan Jespers est aussi attiré par le romantisme du siècle. Théodore Géricault ici en inspirateur avec une référence aux membres détournés des morgues pour servir de modèle au Radeau de la Méduse.

Éloge de l’ornement
Romantisme ou préromantisme à la William Blake.
Milan Jespers tire ainsi une incroyable aquarelle de la cosmologie du peintre, poète et graveur. Car Urizen, figure du démiurge, est totalement recouvert de motifs. « J’y ai notamment glissé des éléments d’une église mérovingienne du XIIIe siècle » précise Milan (photo principale).

Sur le booth de la galerie Huberty & Breyne, l’artiste belge expose aussi son solo show « Vergogna » (du latin : retenue, pudeur, honte). Une série de quatre photos tirées des archives de Getty et représentant des blessés légers de la guerre de Sécession. Chaque soldat, dénudé, un pied sur un coussin prend la pose pour une visite médicale. Le corps hiératique est presque entièrement recouvert de motifs. Milan Jespers joue totalement la carte de l’ornement. Ici, les motifs sont inspirés de carrelages des vieilles maisons de maître à Bruxelles, de marbre d’église italienne. Un clin d’œil également à une autre Belge, Berlinde de Bruyckere. L’ensemble demande à Milan Jespers une passion patiente autant que colorée.
Pan et le cosmos

Toujours en Belgique et toujours dans un imaginaire fourmillant, Peter Depelchin (1985-) expose un Grand Pan. L’artiste qui vient du théâtre aime les tableaux vivants qu’il réalise parfois à partir de spectacles dansés qu’il filme au préalable. Une manière de s’approprier l’espace. Mais pas la seule. « J’appréhende l’espace à travers la miniature perse et franco-flamande, mais d’une manière générale, je suis toujours à la recherche de nouvelles techniques » confie l’artiste. « Je commence dans une sobriété de matériel par exemple avec la plume, puis j’ajoute des encres de Chine, puis des encres de couleurs etc ».

Son Grand dieu Pan exposé sur la stand de la Husk Gallery joue avec les codes de la littérature et de l’histoire de l’art. Fragments de cathédrale italienne, Dürer, Brueghel, Rubens, art baroque mêlé d’art déco, d’art nouveau et de symbolisme. Côté littérature, on aperçoit Le berger du Mont-Saint-Michel de Maupassant avec son capuchon près de deux chèvres en conversation.

Peter Depelchin présente aussi un Grand Pan mort qui semble dormir au milieu de feuillages art nouveau au dessus d’un ciel de rosace. Peut-être parce que l’artiste est aussi attiré par les techniques de l’astrophysique. Ainsi que par le cosmos. Les Pan de Peter Depelchin sont à la fois le récit d’un désir de dépasser la finitude humaine dans le cosmos, le Tout, et une « quête » d’hybridation.
Apocalypses contemporaines

Enfin la cathédrale en Kit de Thibaut Huchard (1987-) chez Valerie Delaunay. Un écho peut-être à l’exposition de le BnF. Un petit goût d’air du temps ? À voir. Le 15 avril 2019 Notre-Dame est en feu. Le peintre, diplôme de l’École Émile-Cohl de dessin de Lyon, vient juste de terminer une toile représentant une église dévastée par les flammes. Thibaut Huchard a le sens du timing arty apocalyptique.
Sur Cuius Culpa est, des flammes en buisson de fin du monde font fuir jusqu’aux démons les plus noirs. Au sol on ne sait si les vaisseaux mènent au purgatoire, ou bien à la survie, ailleurs. Une œuvre comme les autres, syncrétique et fourmillante de détails et de vie. L’art sacré au service d’un récit sur les périls contemporains. A Drawing Now Paris Cuius Culpa Est est entourée de fragments qui enrichissent encore l’œuvre magistrale. Un kit d’apocalypse. Où toutes les influences cohabitent. Des représentations religieuses médiévales au surréalisme en passant par l’art du tatoo. C’est autant du Jérôme Bosch que de la calligraphie.
INFOS
Du 27 au 30 mars 2025
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