Mickalene Thomas illumine le Grand Palais d’amour et de strass

Mickalene Thomas illumine le Grand Palais d’amour et de strass. L’exposition All About Love célèbre l’empowerment féminin noir et queer dans une scénographie « brocante » intime et politique.

Le Grand Palais célèbre l’une des figures majeures de l’art afro-américain contemporain et queer : Mickalene Thomas. La Galerie 7 se transforme alors en un festival éclatant de strass, de paillettes et de glamour bling-bling seventies, où l’empowerment féminin noir s’incarne dans une scénographie qui relève autant de la brocante intime que de la déclaration politique.

Savoureuse ironie de programmation : cette profusion textile (strass cousus, tissus superposés, motifs wax-like, collages africains, rideaux léopard, canapés tapissés) occupe la galerie qui accueillait récemment la tapisserie royale et les grandes tentures historiques. Le textile reste, mais démocratisé, recyclé, rebelle… .

Mickalene Thomas

Mickalene Thomas, née en 1971 à New York, réinvente le portrait classique à travers une perspective queer et féministe noire, inspirée par le texte fondateur de bell hooks, All About Love: New Visions (1999). L’amour y est une force de libération, d’affirmation de soi et de transformation collective. Ses muses – amies, amantes, famille, icônes comme Eartha Kitt ou Naomi Sims – sont représentées avec assurance, sensualité et puissance, reconquérant les espaces dont l’histoire de l’art les a exclues.

Scénographie mémorielle et textile

La scénographie de Nicolas Groult et Valentina Dodi (Scénografiá) nous propulse dans des intérieurs reconstitués. Des salons de grand-mère de la fin des années 70 à ceux des mères des 80, débordent de poufs moelleux, gadgets vintage, vinyles, chaussures éparpillées, miroirs sérigraphiés. Chaleureux, foisonnant, immersif (on s’assoit, on feuillette des magazines Jet reconstitués)… mais parfois étouffant. L’accumulation d’objets (moulages en bronze des bijoux de la mère, plantes en plastique, rideaux chargés) crée une brocante intime jubilatoire, qui vire vite à la saturation. Trop ! Trop de textures, trop de motifs, trop de strass. La répétition visuelle renforce le mantra, mais peut épuiser.

Pourtant, c’est précisément là que réside la force politique : ces espaces-refuges domestiques, souvent niés aux femmes noires à travers l’histoire (esclavage, ségrégation, gentrification), deviennent des lieux de résistance et de plaisir assumé.

L’amour comme force de libération et d’affirmation

Le motto de l’exposition : l’amour n’est pas doux, c’est une arme de joie, de résilience et de transformation. Des portraits monumentaux et vidéos intimes célèbrent donc des femmes qui choisissent leur espace et leur plaisir.
Œuvres phares : Clarivel Face Forward Gazing (2024), Afro Goddess Looking Forward (2015), Screen Test (2024), Je (2013).

Beauté noire sublimée et glamour des années 70

L’esthétique signature : strass, paillettes, super-fly, Black is Beautiful et Blaxploitation revisités en mode queer.  
Œuvres phares : Din avec la main dans le miroir et jupe rouge (2023), Honey #1 (2024), Portrait of Aaliyah.
Détail à retenir : sur le mur d’écrans géants composé de divas afro-américaines (Eartha Kitt, Diahann Carroll, Naomi Sims), une petite larme coule lentement sur le visage d’Eartha Kitt alors que résonne Angelitos Negros. Ce minuscule élément humanise les icônes, reliant le glamour rebelle des années 70 à la douleur et à la résilience.

Réappropriation des maîtres français

Thomas subvertit les canons européens. Les nues de femmes blanches se transforment en corps de femmes noires puissantes et actives.
Citons : Déjeuner sur l’herbe : les trois femmes noires (2010), A Little Taste Outside of Love (2007) ou encore Tan n’ Terrific (2024).
Point culminant : la salle « Avec Monet ». C’est le « poumon vert », l’oasis bleue au centre du parcours. Inspirée de la résidence à Giverny (2011), elle réinvente les jardins et intérieurs du maître en collages strassés (La Maison de Monet 2022, Me As Muse 2016). Une respiration aérienne, loin de la saturation des salons.

L’intime domestique comme refuge et résistance

Les salons reconstitués deviennent les vrais héros : lieux historiques de joie et de survie.
Œuvres phares : Installation I Was Born to Do Great Things (2014), Lounging, Standing, Looking (2003) avec la mère en Pam Grier.
Ironie textile et accumulation : chaleureux, nostalgique, politique… mais saturé.

Les Lutteuses : ode à toutes les luttes

Salle explosive : corps noirs en tension, plaisir et douleur mêlés, lutte physique et symbolique.
La série Brawlin Spitfire Wrestlers (2005-2007) est semi-autobiographique à la fois critique des stéréotypes et hommage aux Amazones comme aux combats queer/collectifs.
Œuvres phares : Instant Gratification (2005), It’s All Over but the Shouting (2006).

Résistance et militantisme

Mezzanine : dénonciation frontale des violences racistes, rôle des femmes noires dans l’activisme.
Œuvres phares : Guernica Detail (Resist #7) (2021), Say Their Names (Resist #6) (2021), collages des salles 8-9 (November 1977, Nus Exotiques).

La répétition des thèmes -femmes, corps, espaces refuges- est à la fois la force et l’écueil de l’expo : elle martèle l’importance de ces représentations, jusqu’à la saturation.
Première monographique afro-américaine au Grand Palais, All About Love est alors une immersion sensorielle et militante qui captive… et finit par étouffer un peu.
Si l’exposition est à voir absolument pour son audace et ses moments magiques (la larme, le « poumon vert », les lutteuses), la boucle revendicative peut donner l’impression d’une urgence qui s’essouffle.


Infos pratiques

Mickalene Thomas : « All About Love »

Grand Palais – Galerie 7
Du 17 décembre 2025 au 5 avril 2026
Ouverture du mardi au dimanche (10h-19h30, nocturne vendredi 22h).

Tarifs : 15 € (réduit 12 €, gratuit -18 ans, etc.).

Réservations : www.grandpalais.fr.

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