L’Aventure Lumière le cinéma d’avant les ombres

L’Aventure Lumière le cinéma d’avant les ombres. Un beau livre qui plonge dans le 7e art des origines, sans toxicité ni ombre portée, et avec des images d’une beauté surprenante. Remarquable!
Le 6 février 2026, à la Cinémathèque française, le Syndicat français de la critique de cinéma a décerné le Prix du Meilleur Album sur le cinéma à L’Aventure Lumière de Thierry Frémaux. Ce beau livre de 480 pages et plus de 230 illustrations, reçoit ainsi la plus belle des médailles pour un ouvrage qui, en pleine année des 130 ans du cinéma, choisit de regarder en arrière… vers une époque où le septième art n’avait pas encore été marqué par les scandales.
Thierry Frémaux, passeur passionné des origines
Directeur de l’Institut Lumière à Lyon et délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux, nait le 29 mai 1960 à Tullins (Isère). Sa voix singulière, passionnée et érudite, guide le lecteur à travers cet hommage aux pionniers. Car les Lumière l’étaient indéniablement. Avec le Cinématographe (caméra et projecteur), ils ont « écrit le mouvement » avec une écriture déjà créative, curieuse et spectaculaire.

Dès le 28 décembre 1895, lors de la première projection publique payante à Paris (devant une trentaine de personnes), les 10 courts métrages de 30 à 50 secondes lancent alors le 7ème art.
Pour Frémaux, les Lumière (surtout Louis, principal réalisateur) ont tout inventé. Ou presque. Les panoramas (L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat), le making-off avant l’heure (Concours d’automobiles fleuries / Arc de Triomphe, où l’un des innombrables opérateurs formés par les Lumière entre dans le cadre). Mais aussi le spectacle, répétons-le, avec l’iconique Arroseur arrosé, film préféré de Godard. Ou encore, de nouveau, L’arrivée d’un train en gare de La Ciotat, et ses voyageurs qui s’activent, jouant les pressés. Les Frères auraient même initié les remake (Sortie d’usine en plusieurs versions) et même les vidéos de chat, aujourd’hui grands classiques des plateformes. Avec une réserve. Car les Lumière étaient plutôt salle de cinéma que regard à travers la boite d’Edison, version antique, peut-être, des réseaux sociaux.

Des images d’une surprenante beauté
Les photogrammes, extraits des restaurations 4K réalisées par l’Institut Lumière, sont d’une beauté presque surnaturelle : ouvriers quittant l’usine, enfants jouant, trains arrivant en gare, vagues déferlantes, rues animées… Autant de fragments de vie saisis en 1895-1896 par les frères Lumière avec une caméra de 7 kilos et une curiosité sans arrière-pensée. Comme l’éditeur le présente : « Ce beau livre réunit pour la première fois les textes des commentaires écrits et dits par Thierry Frémaux dans Lumière, l’aventure commence et Lumière, l’aventure continue, ses deux films-hommages aux frères Lumière. » Et encore : « À travers sa voix singulière, Thierry Frémaux transmet son admiration pour l’invention cinématographique et l’humanité des images, mêlant analyse, émotion et histoire. Un voyage visuel et narratif aux sources du septième art. »
Chaque texte accompagne un photogramme restauré, offrant une redécouverte sensible et éclairée des premiers films du cinéma.

Le cinéma d’avant les ombres
Et c’est précisément ce qui rend l’ouvrage si poignant en 2026. Le cinéma des Lumière est le cinéma d’avant #MeToo. L’Aventure Lumière propose un antidote involontaire mais puissant : revenir aux sources, quand le cinéma était encore une sorte d’attraction foraine, un art sans star-system oppressant ni hiérarchies toxiques. Pas de starlettes instrumentalisées, pas de « couch » pour décrocher un rôle, pas de magnats intouchables. Juste une caméra qui tourne, des gens qui vivent, et la lumière qui passe.
Une formule qui résonne aujourd’hui
Thierry Frémaux écrit en introduction que « la beauté crée de la bonté ». La formule, belle en soi, prend aujourd’hui une résonance presque militante. Dans un monde où le cinéma continue de faire son examen de conscience, ces images rappellent que le 7ème art n’était certes pas parfait – il était inégal, colonial parfois, naïf souvent –. Mais il n’était pas encore cet univers de domination et de prédation que certaines affaires ont révélé au grand jour.
Thierry Frémaux et les controverses contemporaines
Thierry Frémaux lui-même n’a pas échappé aux critiques. Ses choix de programmation et sa façon de gérer les scandales #MeToo ont souvent été perçus comme ambigus, voire défensifs, par une partie de la critique et des militantes.
On lui reproche aussi d’avoir tardé à réagir fermement aux révélations post-Weinstein, de tolérer un certain machisme structurel sur la Croisette ou de privilégier le cinéma au détriment d’une prise de position morale claire. Frémaux se défend systématiquement en répétant que la sélection du Festival de Cannes doit rester en dehors de toute polémique extérieure et centrée sur le cinéma. Cette ligne de conduite divise encore aujourd’hui. Pourtant, elle n’empêche pas son travail de passeur des origines – comme dans L’Aventure Lumière – d’être salué pour sa sincérité et sa profondeur.
Dans le sillage des 130 ans du cinéma
L’ouvrage s’inscrit dans le grand mouvement de célébration des 130 ans : restauration de centaines de films Lumière, sortie mondiale du documentaire Lumière, l’aventure continue, spectacle au Grand Rex devant 1600 spectateurs en décembre dernier…
Un objet indispensable

L’Aventure Lumière n’est pas qu’un beau livre : c’est une bouffée d’air, un retour volontaire aux commencements, loin des ratures et des compromissions qui ont marqué l’histoire ultérieure du cinéma. Le prix du Meilleur Album sur le cinéma est amplement mérité, et l’ouvrage un objet indispensable pour quiconque veut se souvenir pourquoi, au fond, on aime encore cet art.
Rêvons alors au début d’une nouvelle lumière. 😊
INFOS
L’Aventure Lumière
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