FORA – 30 ans du Casino Luxembourg

FORA – 30 ans du Casino Luxembourg : une programmation en trois lieux interconnectés. Un focus sur l’art contemporain en mouvement, l’invisible, les états liminaires et la mise en regard des imaginaires humains-écrans.

Le Casino Luxembourg – Forum d’art contemporain célèbre en 2026 ses 30 ans d’engagement en faveur des artistes émergent·e·s et de la création contemporaine. La manifestation FORA (pluriel de « forum »), qui se déroule de mars à décembre 2026, ne cherche pas à dresser un bilan historique nostalgique mais à affirmer un regard tourné vers les pratiques actuelles, les processus en cours et les futurs possibles de l’art.

Le Luxembourg ne disposant ni de grandes écoles d’arts, ni de cursus universitaire dédié aux arts plastiques, les artistes et étudiant·e·s luxembourgeois·es se forment traditionnellement dans les pays limitrophes (France, Belgique, Allemagne, Pays-Bas). Le Casino Luxembourg joue dès lors un rôle clé en tant que plateforme d’accompagnement, de visibilité et de dialogue international, renforcé par des partenariats réguliers avec la France et les Pays-Bas notamment.

Trois espaces : de la cave aux espaces satellites

La programmation FORA se déploie dans trois endroits interconnectés :

  1. Sous-sol (caves) du Casino Luxembourg
  2. Rez-de-chaussée du Casino Luxembourg
  3. Casino Display (espace satellite / extension dédiée aux artistes émergent·e·s)

Ces trois lieux fonctionnent en synergie, avec des circulations et des migrations d’œuvres entre eux au fil de l’année.

Notes on Weathering – Bianca Bondi ode à l’imperceptible

Bianca Bondi (Duchamp Price), photographe: Nicolas Brasseur

L’exposition inaugurale Notes on Weathering de Bianca Bondi commence au sous-sol. « Notes pour le coté documentaire et Weathering pour le processus discret et invisible de la transformation de la matière » précise le commissaire Kevin Muhlen.
Œuvre vivante et organique, elle explore la cristallisation, la transformation progressive et l’érosion dans le temps et l’espace, à travers du sel, du métal et des vestiges domestiques. L’absence humaine laisse la matière s’affirmer : les surfaces s’épanouissent, les objets s’érodent, le domestique bascule vers le géologique.

Quatre activations successives rythmeront le projet tout au long de l’année, révélant de nouvelles formes et correspondances avec l’architecture.
Ainsi à partir de l’été, l’œuvre migrera au premier étage (salle de réception historique de la haute bourgeoisie luxembourgeoise). Elle sera donc soumise à d’autres conditions climatiques et spatiales. Le commissaire insiste « Il ne s’agit pas de montrer de la décomposition spectaculaire ou du « pourri », le sel préservant autant qu’il altère. L’intention est de rester ouvert au développement intrinsèque de l’œuvre et à ses évolutions imprévisibles ». Bianca Bondi ajoute « Quand je travaille sur le vivant, je travaille toujours avec de l’eau afin de voir comment les œuvres réagissent aux éléments. Ici, dans les caves le processus est inverse. Je ne vais pas être confrontée à la sécheresse mais à l’humidité ».

Bianca Bondi en bref

Née en 1986 à Johannesburg (Afrique du Sud), vivant et travaillant à Paris depuis plusieurs années, Bianca Bondi développe depuis une décennie une pratique centrée sur les processus de transformation invisibles et les forces immatérielles qui agissent sur la matière. Ses installations immersives, souvent multisensorielles, activent des matériaux organiques et quotidiens (sel, eau, plantes, objets usagés, métaux) pour révéler des métamorphoses lentes et imprévisibles : cristallisations, érosions, efflorescences, passages du domestique au géologique. L’absence humaine y joue un rôle clé, laissant la matière « reprendre ses droits » et s’affirmer dans un temps propre, loin des regards spectaculaires. Cette exploration des états liminaires – entre présence et disparition, stabilité et instabilité – confère à son travail une dimension presque alchimique ou chamanique, où l’invisible (le temps, l’humidité, les réactions chimiques) devient le véritable protagoniste.

En 2025, Bianca Bondi figurait parmi les quatre finalistes du Prix Marcel Duchamp, côtés d’Eva Nielsen, Xie Lei et Lionel Sabatté.


Post : vivier de la création émergente

Casino Display, espace satellite du Casino Luxembourg dédié aux artistes émergent·e·s. alimente directement le projet Post— au rez-de-chaussée. Post -pour post doctorant- réunit une quinzaine d’artistes. Parmi eux : Shade Sadiku Cumini, Matilde Gazeau Frade, Léa Giordano, ludovic hadjeras, Inès Hosni, Mona Young-eun Kim, Sam Krack, Rari Matei, Phuong Thao Nguyen, jae Park, Seunghyun Park, Nika Schmitt, Mehdi Zion.
Pensé comme un espace collaboratif et évolutif, il veut offrir une réflexion critique sur le passé pour imaginer des trajectoires futures.

Screentime/s : des écrans numériques aux états de conscience modifiés

Au premier étage du Casino, l’exposition inaugurale Screentime/s réunit une vingtaine d’artistes internationaux·ales.

Notamment Justine Emard & Jean-Emmanuel Rosnet qui animent la performance Live Dream. Justine Emard est une spécialiste reconnue de l’IA et de la cohabitation humain/machine (expos mondiales, directrice artistique du pavillon français à l’Expo Osaka 2025).

Theo Triantafyllidis, Feral Metaverse (Katapult MKII), 2025

Mais aussi Theo Triantafyllidis, spécialiste de l’art des jeux vidéo et des simulations performatives (Feral Metaverse, etc.).

Josèfa Ntjam, Mélas de Saturne, 2020

Ou encore Josèfa Ntjam très appréciée de la scène internationale : Venice Biennale 2024, Fotografiska NY solo, Bienal de São Paulo, etc. L’artiste franco-camerounaise était également en résidence LVMH Métiers d’Art en 2023-2024 avec une grande exposition de sculptures (Une cosmogonie d’océans). Une proposition qui s’inscrivait dans son travail autour de la vidéo, des mythes et de la science-fiction.


Screentime interroge les temporalités, matérialités et imaginaires des écrans : jeux vidéo, images générées par IA, mondes immersifs, réalités virtuelles. La porosité entre mondes virtuels et réalités physiques est au cœur du propos, avec des relectures de mythes antiques dans le numérique et des hybridations corps/technologie/réel.

En parallèle, des ateliers questionnent les imaginaires de la machine et de l’humain. À partir du mois de mai, des sessions hypnagogiques et des performances comme Live Dream invitent à explorer des états modifiés de conscience, à faire basculer notre regard des écrans extérieurs vers des « écrans intérieurs » mentaux, sensibles et psychiques.

Photo d’ouverture : Émilie Brout & Maxime Marion, IDLE (acts a and ß), 2023

INFOS

FORA

Casino Luxembourg – Forum d’art contemporain
41, rue Notre-Dame, L-2240 Luxembourg

Site du Casino Luxembourg : https://casino-luxembourg.lu/fr

De mars à décembre 2026

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