Sara Flores : l’Amazonie au pavillon du Pérou

Sara Flores : l’Amazonie au pavillon du Pérou. À la Biennale de Venise, l’artiste membre du peuple Shipibo-Konibo représente le pays et offre une exposition autour du kené. Une première !
Alors que la 61e Biennale d’Art de Venise se profile sur le thème In Minor Keys imaginé par la regrettée Koyo Kouoh, les annonces de pavillons nationaux se succèdent. Parmi les premiers révélés, le Pavillon du Pérou s’impose comme l’un des plus symboliques de cette édition. Pour la première fois de son histoire, le pays sera en effet représenté par une artiste autochtone, Sara Flores (née en 1950 à Tambo Mayo), membre du peuple Shipibo-Konibo de l’Amazonie péruvienne.
Intitulée « Sara Flores. D’autres mondes » (De otros mundos / From Other Worlds), cette exposition personnelle occupera l’espace dédié au pavillon péruvien. Supervisée par le Patronato Cultural del Perú (PACUPE) depuis 2015, cette participation est placée sous le commissariat national d’Armando Andrade de Lucio, avec une sélection des œuvres co-construite par Issela Ccoyllo et Matteo Norzi.
Le kené art géométrique et sacré
Sara Flores n’est pas une novice. Son travail autour du kené – ce système de motifs géométriques énigmatiques, visionnaires et spirituels du peuple Shipibo-Konibo – a conquis les grandes institutions. Citons ainsi des acquisitions par le Guggenheim, le Met, la Tate, le Hammer Museum. Mais aussi des collaborations avec Christian Dior en 2024. Ou encore des expositions solo chez White Cube, Clearing, ou encore au MALI de Lima en 2025. Mais Venise représente un cap : c’est la reconnaissance officielle d’une voix amazonienne autochtone au cœur du pavillon national péruvien, là où les éditions précédentes avaient plutôt mis en avant des artistes non indigènes ou des approches plus urbaines/hybrides.

Sara Flores, Untitled (Kanoa Kené 3), detail, 2019, Vegetal dyes on wild-cotton canvas, 57
1/16 x 86 13/16 in. (144.9 x 220.5 cm), © the artist. Photo © White Cube (David Westwood)
Exposition : connexion entre les mondes
- De nouvelles peintures de grand format sur toile de coton sauvage, où le kené atteint un niveau de sophistication et de vibration inédit ;
- Des sculptures éthérées en forme de moustiquaires, peintes à la main dans le même matériau, évoquant des voiles entre mondes ;
- L’œuvre emblématique Untitled (The Designs Come in Dreams) ;
- Et surtout, son premier film réalisé en 2025 : Non Nete (A Flag for the Shipibo Nation), montrant un drapeau peint à la main flottant au vent, accompagné d’une mélodie douce issue d’un enregistrement chamanique – un chamane insufflant des intentions bienveillantes dans une bouteille d’ayahuasca.
La musique imprègne tout l’espace. Objectif : créer une expérience sensorielle où les motifs kené deviennent des « portails » reliant savoirs ancestraux, avenir durable, humains et non-humains.
Sara Flores multiplie les innovations autour du kené – inscrit au patrimoine culturel péruvien depuis 2008 –. Elle explore sans cesse ses racines transmises par sa mère, dans un environnement où la forêt fournit tout. Mais ses œuvres s’ancrent aussi dans la politique contemporaine (autodétermination de la nation Shipibo).
Un geste de réparation
La scénographie privilégie l’expérimental : la plus grande œuvre jamais réalisée par l’artiste, des sous-styles variés du kené, des formats divers. L’intention ? Ouvrir des passages entre cosmologies indigènes et conscience contemporaine, invitant le spectateur à une interconnection profonde. De fait, un écho parfait au thème « mineur » de Kouoh, qui valorisait les voix discrètes, les pratiques en marge, les improvisations fragiles.
La Pérou fait un geste de réparation, une amplification des voix amazoniennes souvent reléguées aux marges.
En ces temps de deuil suite au décès de Koyo Kouoh et de quête de tonalités plus basses, ce pavillon murmure une leçon essentielle : les mondes « mineurs » sont souvent les plus interconnectés, les plus vivants. Sara Flores ne représente pas seulement le Pérou ; elle ouvre une fenêtre sur des réalités que l’art contemporain global a trop longtemps ignorées.
Photo d’ouverture Sara Flores, © 2025 Prin Rodriguez, courtesy The Shipibo-Conibo Center, NY
INFOS
61e Biennale d’Art de Venise site officiel https://www.labiennale.org
du 9 mai au 22 novembre 2026
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