Auguste Renoir : biographie d’un peintre du bonheur

Auguste Renoir : biographie d’un peintre du bonheur. Un beau livre pédagogique sur un enfant du XIXe siècle qui aborde ses plaisirs, suggère ses travers, un artiste, au style changeant, qui s’ancre dans l’impressionnisme tout en s’inspirant des maîtres du XVIIIe siècle.

À l’occasion de l’exposition « Renoir et l’amour. La modernité heureuse (1865-1885) » au musée d’Orsay (du 17 mars au 19 juillet 2026), les éditions Larousse publient un beau-livre richement illustré signé par Johann Protais et Éloi Rousseau.
Johann Protais, professeur agrégé d’Histoire et certifié d’Histoire de l’art, enseigne en lycée à Paris. Éloi Rousseau, professeur d’histoire-géographie et spécialiste d’art moderne, forme avec Protais un duo qui signe des ouvrages de vulgarisation sur la peinture (Delacroix, Vermeer, Magritte …).

Renoir « un petit bouchon» emporté par les courants

Reprenant les propres mots du peintre, les auteurs présentent Auguste Renoir comme « un petit bouchon jeté dans l’eau et emporté par les courants ». Ils soulignent ainsi sa place singulière dans l’histoire de la peinture : à la fois le débonnaire rieur de l’atelier Gleyre, compagnon de route de Sisley, Pissarro, Bazille et Monet au temps de l’impressionnisme, et explorateur infatigable qui n’a cessé de se détacher de l’impressionnisme pour suivre sa propre voix.
Mais qui était vraiment Renoir ? Le peintre de la bohème joyeuse, des femmes, des enfants, de l’amour et du bonheur de vivre ? En regard de l’exposition d’Orsay, qui met en lumière les scènes de convivialité, de danse et de modernité heureuse des vingt premières années de sa carrière, cette biographie permet d’accompagner la visite avec profondeur.

Un enfant du XIXe siècle entre artisanat et art


Le livre est structuré de manière claire et pédagogique : il passe de l’enfance et de la formation difficile au cercle proche de l’artiste, puis à sa maturité, pour finir sur les chefs-d’œuvre. Il rappelle qu’Auguste Renoir (1841-1919) est avant tout un enfant du XIXe siècle. Né à Limoges mais installé à Paris dès l’enfance, il grandit dans une ville encore semi-villageoise où il chasse sur les terrains vagues de l’actuel 8e arrondissement et des Batignolles. Fils d’artisans et de petits boutiquiers, il hésite très tôt entre l’art « noble » et l’artisanat décoratif – une tension qu’il gardera toute sa vie, entre peinture et sculpture, tradition et modernité.


Les origines sociales impriment chez le peintre à la fois modestie et ouverture. Les auteurs explorent ce décalage. S’écartant des goûts dominants de l’époque (Delacroix ou Ingres au pinacle), Renoir préfère l’école française du XVIIIe siècle, « si claire, de si bonne compagnie ». Il reste fidèle, sa vie durant, à François Boucher, Jean-Honoré Fragonard et Antoine Watteau, amoureux de la douceur de vivre et des plaisirs légers du siècle de Louis XV.
Cette influence est omniprésente : La Balançoire (1876) évoque indéniablement L’Escarpolette de Fragonard. Renoir se déclare aussi nostalgique d’une Île-de-France encore « roseraie ». Il confie : «La Diane au Bain de Boucher, est le premier tableau qui m’ait empoigné et j’ai continué toute ma vie à l’aimer comme on aime ses premières amours. »

Le regard sur les femmes : joie, intimité, male gaze


L’artiste est souvent perçu comme le peintre du bonheur domestique et de la joie de vivre. Pourtant, ses nus féminins, avec leur chair épanouie, leur regard direct et leur érotisation assumée, ont parfois été critiqués pour leur male gaze : un regard patriarcal, sensuel et objectifiant qui pénètre l’intimité des modèles avec un plaisir visible.

Mais Auguste Renoir peint aussi la condition des femmes de son temps : les grandes cocottes dans La Loge (1874), où l’on devine le luxe ambigu, ou l’insouciance bourgeoise dans La Liseuse (Jeune fille lisant). Il célèbre par ailleurs les femmes libres et la convivialité mixte avec l’iconique Le Déjeuner des canotiers (1881). On peut y ajouter La Yole (vers 1880-1886), où deux femmes naviguent ensemble sur la Seine. Ce tableau montre que Renoir porte aussi un regard sur le besoin de liberté et l’entre-soi des femmes, dans ces espaces de loisirs modernes où elles s’émanciperaient loin des contraintes sociales.

De l’impressionnisme aux grands nus sculpturaux

Les auteurs du livre Larousse retracent avec clarté les grandes périodes du style de Renoir, un reflet de son insatiable curiosité et de ses remises en question permanentes.


Dans les années 1870, il est au cœur de l’impressionnisme : touches rapides, vibration de la lumière, scènes de la vie moderne capturées sur le vif (bals, canotage, jardins). La couleur et l’instantané dominent, comme dans Régates à Argenteuil ou Le Moulin de la Galette.

Rupture avec l’impressionnisme


Vers 1880-1887, une crise le pousse à rompre avec la « dissolution » impressionniste. Après un voyage en Italie (où il admire Raphaël et les fresques antiques), il entre dans sa période ingresque ou « sèche » : les contours deviennent plus nets, les formes plus structurées, les figures presque sculpturales. C’est l’époque des grands nus aux lignes précises et des compositions plus classiques, dont Les Grandes Baigneuses (1884-1887) constitue l’aboutissement magistral – une œuvre qui clôt cette recherche de permanence et de solidité.


À partir de la fin des années 1880, le style de Renoir devient plus sensuel et coloré, dans la veine de Titien et du XVIIIe siècle français. Les touches redeviennent caressantes, les chairs opulentes se fondent dans des paysages foisonnants, et la couleur retrouve toute sa chaleur (période parfois qualifiée de « nacrée »). Les portraits de jeunes filles au piano ou les baigneuses plus « souples » en sont de beaux exemples.

La monumentalité


Enfin, dans sa maturité tardive (années 1900-1919), malgré la maladie et les rhumatismes qui le handicapent, Renoir s’installe dans le Sud et développe un style monumental, presque rubénien. Ses grands nus féminins deviennent de plus en plus charnels, volumineux et sculpturaux – comme si la peinture se faisait sculpture. Les paysages du Midi se teintent de couleurs vives, presque fauves par moments, et l’ensemble célèbre une joie de vivre arcadienne, sensuelle et intemporelle. Renoir lui-même déclarait encore à 72 ans : « Je suis en train d’apprendre à peindre. »
Il se lance également dans la sculpture, confiant ses formes à des assistants, pour donner une présence encore plus physique à ses baigneuses.


Pédagogique et richement illustré, Auguste Renoir de Johann Protais et Éloi Rousseau, permet d’approcher l’homme derrière le mythe : un peintre du plaisir, de la lumière et de l’amour sous toutes ses formes, nostalgique d’un certain art de vivre tout en capturant la modernité joyeuse de son temps.

INFOS

Auguste Renoir

Johann Protais et Éloi Rousseau

Prix : 14,99 euros

Édition Larousse

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