Une année au Japon – Haïkus de Kobayashi Issa

Une année au Japon – Haïkus de Kobayashi Issa. Après Un chat au Japon, Un jardin au Japon et Une femme au Japon, les Éditions de La Martinière poursuivent leur exploration sensible du pays du Soleil-Levant avec une promenade poétique à travers les saisons.
L’introduction rappelle que les Japonais sont particulièrement sensibles aux phénomènes naturels – typhons, pluies abondantes, mousson de neige, éruptions volcaniques et séismes. Cette attention aiguë a forgé chez eux une vision du temps plus intuitive, concrète et subtile que la cosmologie cyclique chinoise. Issa, poète-paysan originaire de la région montagneuse de Shinano (surnommée « le nombril » ou « le toit » du Japon), incarne avec force cette approche.
Le jour de l’An sous la neige
L’année commence, sans surprise, par le jour de l’An selon le calendrier lunaire japonais (qui correspond souvent au début du mois de février). Le haïku d’ouverture, « Pour le jour de l’An, pas un prunier en fleur, mais j’ai la tempête de neige » (Shichiban Nikki, 1811), est illustré par la xylographie minimaliste et d’une force graphique saisissante de Kamisaka Sekka (La neige tourbillonnante, vers 1909-1910) : une silhouette courbée sur un frêle bambou résiste aux flocons pointillistes, son habit noir tranchant avec son chapeau en forme de champignon blanc, dans un paysage camaïeu où tourbillonnent les touches de blanc.
Changement d’atmosphère avec le deuxième haïku, plus optimiste : « Quel beau paysage ! Pour le jour de l’An, la neige cache enfin la boue » (Bunka Kuchō). La xylographie de Kobayashi Kiyochika dépeint un temple sous la neige, une mère et son enfant abrités derrière une rambarde rouge.
Un dialogue entre les époques et les arts
Tout au long de l’ouvrage, on passe avec bonheur d’une époque à l’autre et d’un médium à l’autre : la surprenante bouilloire suspendue à un érable rouge en automne de Shibata Zeshin (fin XIXe siècle), le cerf-volant coloré célébrant le festival de Tokyo photographié par Peter Charlesworth (1988), la fleur de prunier et pleine lune de Koson Ohara (vers 1900-1936) pour le printemps, ou encore les vagues féminine et masculine de Katsushika Hokusai (1845).
Sumo aux fleurs, rosée et enfance
Parmi les moments sublimes : la photo en noir et blanc d’Éric Lafforgue (Sumo à l’entraînement, 2006), tout en courbes, placée en regard du haïku « Le sumo vainqueur, s’asseyant, prête attention aux fleurs du gazon ». Ou encore la folle ronde de Takahashi Hiroaki (vers 1927-1935) face au haïku « Prière aux anciens, le gamin ouvre la main pour dire : “J’ai cinq ans” ». La poésie de la rosée de Nadia Anemiche (2022) accompagne avec délicatesse le célèbre « Ce monde de rosée n’est qu’un monde de rosée, et pourtant… et pourtant… » (Oraga haru, 1819).
La sagesse humble d’Issa
Issa (1763-1824), perd sa mère à 3 ans, puis sa première femme et ses quatre enfants en bas âge. Face aux coups du sort, il développe une philosophie humble qu’il nomme arugamama : « accepter les choses telles qu’elles sont ». Jusqu’à la fin de sa vie, il reste attentif aux moindres merveilles du quotidien – une lessive dans la brume, une chandelle qui brille, le vent dans les branches du pin –, avec un regard « presque enfantin », plein d’empathie pour le vivant. Dans le moindre de ses haïkus, même les plus modestes, transparaît cette intuition profonde : chaque retour des saisons est à la fois semblable et différent ; il faut apprendre à aimer le monde tel qu’il est, dans son tourbillon imparfait.
Un fil d’Ariane poétique
Ce bel ouvrage, qui présente une centaine de haïkus dans une traduction française inédite de Seegan Mabesoone, se déguste comme une ode aux saisons japonaises et à la fragilité de l’existence. Il nous invite à suivre le fil d’Ariane tissé par Issa, près de deux cents ans après sa disparition, pour nous frayer, nous aussi, un chemin plus poétique à travers les tourbillons du monde, vers des eaux chaque jour plus cristallines.
INFOS
Une année au Japon – Haïkus de Kobayashi Issa
Parution : 6 février 2026
17 × 24 cm – 160 pages – 25 €
Éditions de La Martinière, collection Illustré Arts
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