Urbex X Meslet : l’IA rêve de ruines

Urbex X Meslet : l’IA rêve de ruines. Après quinze ans à arpenter les lieux abandonnés, le photographe Francis Meslet a confié à l’intelligence artificielle le soin d’imaginer les ruines de demain : bibliothèques englouties, Notre-Dame calcinée, Paris rendu à la jungle.
Les Éditions Jonglez se sont spécialisées dans les guides secrets et insolites, avec une forte expertise en urbex. Ses auteurs, photographes professionnels ou passionnés, parcourent le monde à la recherche de lieux oubliés : friches industrielles, patrimoine culturel et architectures en déshérence.
Cette fois-ci, la maison d’édition a fait un choix audacieux : demander à l’IA, sous la direction d’un photographe expérimenté, de créer des ruines plutôt que d’aller les arpenter.
Le patrimoine : terrain de jeu pour l’IA
Le patrimoine est devenu un terrain d’expérimentation fertile pour l’intelligence artificielle. On l’a vu avec le festival NOÛS à la BnF via Gallica, le secteur digital de Paris Photo, ou encore la Galerie Polka avec « Les ruines de Paris » d’Yves Marchand et Romain Meffre en 2025, inspiré d’Hubert Robert.
Certaines œuvres parviennent à créer mystère, désolation et ambiance gothique. D’autres, en revanche, suintent l’artificiel par leur manque de patine et de profondeur émotionnelle.
Francis Meslet : du terrain à l’algorithme
L’ouvrage des Éditions Jonglez n’échappe pas totalement à cet écueil. Les images de Paris, de Notre-Dame ou de la Tour Eiffel paraissent souvent trop lisses, marquées par la patte caractéristique de l’IA.
Heureusement, l’auteur, Francis Meslet, est souvent plus inspiré.
Photographe et ancien directeur artistique en publicité, diplômé des Beaux-Arts de Nancy en 1986, il pratique l’urbex depuis une quinzaine d’années. Il découvre la génération d’images par IA en 2022 lors d’un confinement et y voit un prolongement de son travail plutôt qu’une trahison. Pour ce titre, le photographe assume pleinement la nature générative des images.
Ce qui fonctionne… et ce qui coince
La végétation reprend ses droits dans les grandes bibliothèques désertées, les théâtres s’ouvrent à ciel ouvert, les usines s’arrêtent, Paris se couvre de jungle. Sur une vingtaine de chapitres (« Le Silence », « Des Bibliothèques », « L’Eau à la Bouche », « Stade Terminal », « Fil d’Ariane »…), l’ouvrage propose une méditation sur la fragilité de la mémoire collective.
Si les vues de Paris et des monuments emblématiques restent souvent kitsch, les images deviennent saisissantes dans les univers carcéraux et industriels : escaliers zébrés sur fond abstrait de rouille, enfilades de cellules sous une lumière rouge infernale, perspectives infinies. L’IA semble plus douée pour rendre la déchéance matérielle que la nature ou le patrimoine culturel.
Meslet joue parfois avec l’invraisemblable et l’artifice. En assumant le trouble, il propose plusieurs versions d’une même réalité et sème poussière et usure avec malice. Le malaise naît alors de cette oscillation entre réel et imaginaire.
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Francis Meslet
Urbex Exploration d’un monde abandonné par l’intelligence artificielle
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