Expo Calder sur le fil de l’air à la FLV

Expo Calder sur le fil de l’air à la FLV. L’exposition Calder Rêver en équilibre à la Fondation Louis Vuitton réunit près de 300 œuvres dans tous les espaces du bâtiment. Une rétrospective exceptionnelle qui célèbre le centenaire de l’arrivée d’Alexander Calder en France en 1926.
Par Léonore Cottrant
Un cirque miniature, turbulent et performatif, des sculptures en suspension qui dansent dans l’air, bruissent ou claquent, d’autres qui, au sol, jouent avec la lumière et l’équilibre, Calder est un pionnier qui puise dans l’écologie, les sciences et l’art sonore avec une bonne dose de malice et de poésie.
En partenariat avec la Calder Foundation, l’exposition de la Fondation Louis Vuitton embrasse l’ensemble de la carrière de l’artiste américain dans une scénographie chronologique et thématique.
Expérimentation créatrice
En bref, 50 ans de création basée sur l’expérimentation. Alexander Calder (1898, Philadelphie – 1976, New York ) commence par s’affranchir de l’héritage familial. Né d’un père sculpteur et d’une mère peintre, il choisit d’abord les sciences dures et suit des études d’ingénieur en mécanique. Mais l’art l’habite. Diplômé, il rejoint l’Art Students League of New York.

Dans les années 20, Paris est la capitale de l’art et de la fête. Calder s’y installe donc en 1926, dans le poumon de la bohème arty, à Montparnasse. Il la conquiert avec son cirque. À l’entrée de l’exposition, une pièce réunit ce cirque animé qui se produit jusqu’en 1931. Au sol, en cercle, les figurines – des marionnettes inspirées de poupées qui le fascinent depuis son enfance -, sont animées dans un spectacle qui change alors chaque jour. Bruitage, matériaux recyclés (bouchons de liège, morceaux de fer-blanc …), animation : Calder expérimente comme il le fera toujours. À travers son cirque, il « teste » déjà le changement, le mouvement et l’interaction avec le public.

Ses explorations créatrices le mènent en parallèle au « fil de fer ». Au mur, sobriété de moyens pour un effet maximal. Ici une Joséphine Baker saisie en pleine danse, là Kiki de Montparnasse, plus muse que jamais, plus loin encore Fernand Léger, inspirateur, lui aussi. Ces portraits en fil de fer examinent la possibilité d’une sculpture métallique au service du vide, de l’aérien. Sculpture, mouvement, légèreté.
La sculpture apprend à danser
Nourri par les avant-gardes, Calder passe alors du dessin dans l’air aux abstractions pures. Le déclic serait la découverte de l’atelier de Mondrian avec ses cartons géométriques et colorés. Le parcours est donc ponctué d’œuvres qui ont inspiré l’artiste. On croise des tableaux de Mondrian, de Picasso, de Fernand Léger, ou encore de Jean Hélion. Mais aussi de peintures et d’œuvres hybrides du sculpteur lui-même. Calder commence sa carrière comme illustrateur ; il en garde le goût du trait et de la couleur. Comme ses sculptures, ses créations picturales évoluent vers l’abstraction et les couleurs primaires comme le montrent les White Panel, Blue Panel, Yellow Panel de 1936.

L’exposition enchaîne alors mobiles et stabiles : des formes délicatement mouvantes, d’une grâce infinie, qui dansent au gré du vent ou dont l’élan défie matière et gravité. Les noms ont des parrains célèbres. Marcel Duchamp suggère « mobiles » pour les créations cinétiques actionnées manuellement ou à l’aide d’un moteur. En écho, Jean Arp baptise, « stabiles », les œuvres statiques. Calder, lui, a lancé la sculpture cinétique.
Apesanteur, nature et matériaux pauvres
Des sphères creuses, des boules, des traits, des courbes, des petits et des grands formats, toujours avec des matériaux pauvres et récupérés. Chez Calder, la boîte à bricoler l’apesanteur contient pour l’essentiel : ficelle, fil, bois, aluminium, feuilles de métal, peinture. Pour Black Frame (1934) comme pour beaucoup d’autres œuvres. Quelques éclats de couleur suffisent à habiller une œuvre. Parfois, ils la constituent, comme dans l’hypnotique Roxbury Fish de 1948. Calder, c’est un mélange piquant d’avant-garde et d’art écologique. La nature est omniprésente : flore (Apple Monster, Yucca, Eucalyptus), faune (des lionnes du cirque aux poissons-planètes), atomes.

L’exposition saisit ce côté « entre art et vie » à travers les plus grands photographes. Près de 35 clichés d’Henri Cartier-Bresson, André Kertész, Gordon Parks, Man Ray, Irving Penn et Agnès Varda… montrent « un artiste funambule ».

La musique qui vole

Calder a une solide formation scientifique. Elle lui permet de jouer avec les masses et la gravité. Il s’imprègne, comme d’autres artistes (Malévitch, Mondrian …), des théories de l’époque : la physique quantique bien sûr, précédée par « le principe d’incertitude » d’Heisenberg, mais aussi la relativité, le hasard et l’inachevé qui vibrent dans les mobiles. L’astronomie et la théorie pythagoricienne de « la musique des sphères » lui inspirent ses planètes en mouvement, son cosmos.
La musique, composante de l’univers alliée au principe d’incertitude, convoque des œuvres comme Small Sphere et Heavy Sphere.
Mobiles et stabiles dépassent la matière, se prolongent dans les ombres portées, dans les changements de lumière, dans la circulation de l’air, y compris dans les mouvements occasionnés par le public. Les Gongs, en particulier, dont le retentissement peut être programmé ou laissé au jeu des éléments.
Calder révolutionne la sculpture en intégrant le temps.
De la broche au ciel : les deux échelles de Calder

Calder. Rêver en équilibre s’étend des premières œuvres jusqu’aux formats XXL des années 60-70. Avec des focus étonnants comme la salle aux bijoux, qui expose ses sculptures miniatures. Comme les figurines du Cirque, Calder s’intéresse très tôt aux bijoux. Il en fabrique pour les poupées de sa sœur. Prolongement des mobiles et des stabiles, colliers spirales ou surdimensionnés, broches graphiques, couronnes d’apparat habillent plus tard des femmes puissantes, de Simone de Beauvoir à Georgia O’Keeffe. Or, argent, bronze cohabitent avec le laiton et le cuivre, le verre avec les pierres précieuses.

Ces microcosmes sont une variation autour du cosmos, comme le sont les œuvres géantes. Ses grands stabiles d’acier, souvent boulonnés et peints généralement dans des couleurs primaires, intègrent le vide et le mouvement. Ce sont des dimensions que Calder veut que le public expérimente. Parmi les œuvres iconiques : L’Araignée rouge du parvis de la Défense, La Grande Vitesse à Grand Rapids (Michigan) ou encore Spirale à la National Gallery of Art à Washington.
Les grandes rétrospectives de la FLV peuvent parfois écraser par leur ampleur. Rien de tel pour Calder Rêver en équilibre. On passe d’une salle à l’autre, d’un thème à l’autre avec la même légèreté que le sculpteur d’air. Très technique par les sciences et la philosophie qui la sous-tendent, l’œuvre reste, paradoxalement, immédiatement abordable. Mieux : elle donne envie d’aller voir comment tout cela tient, bouge et… danse. Certes, on peut regretter que les mobiles bougent avec lenteur. Mais ce mouvement parcimonieux et aléatoire est au cœur du projet. Et puis, à nos sociétés qui scrollent à l’infini, Calder, avec malice, apprend la patience, le hasard loin des algorithmes, et peut-être le temps du cosmos.
Photo d’ouverture Alexander Calder, Black Widow, 1938
INFOS
Calder. Rêver en équilibre
Jusqu’au 16 août 2026
Horaires : de 11h à 20h
Tarifs : de 5 à 18 euros
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