Les trafiquants d’armes Eric Ambler guerre froide et d’atmosphère

Les trafiquants d’armes Eric Ambler guerre froide et d’atmosphère. En suivant un couple d’Américains pris au piège d’un trafic le roman nous ballade dans une Asie du-Sud Est chauffée à blanc par les conflits. Avec un art de la stratégie, une maitrise du rythme et des « climats » délectables.
Depuis l’invasion de l’Ukraine un parfum de guerre froide souffre sur l’Europe. Le climat pousse à revoir les stratégies, à adapter les scenarii. Un reset qui invite à se (re)plonger dans la littérature des années 50. Notamment celle d’Eric Ambler. Un mélange du Bond de Ian Flemming pour l’ironie, de John le Carré pour l’atmosphère ou encore d’Orwell pour le rôle de la pègre dans les conflits.
Célébré comme l’inventeur du roman d’espionnage moderne, Eric Ambler est né d’une mère artiste de music-hall et d’un père marionnettiste. Le britannique suit des études d’ingénieur avant d’écrire pour Hollywood et d’épouser une scénariste proche du couple Hitchcock. Le retour du refoulé en quelque sorte, filiation arty et art du jeu. Au total Eric Ambler écrit 17 ans romans.
Depuis 2024, les éditions de l’Olivier publient les œuvres maitresses du maître de l’espionnage. Le masque de Démétrios, Je ne Suis pas un Héros et Les trafiquants d’armes.
Antihéros
Écrit en 1959, Les trafiquants d’armes ne s’attache pas à l’Europe comme Le masque de Démétrios mais à l’Asie secouée par une guerre civile guerre entre islamistes radicaux et rebelles communistes. Le tout sous la surveillance néocoloniale des Britanniques et le regard des grandes puissances.
Le roman suit le destin croisé d’antihéros. Un couple d’Américains, les Nilsen, dont Greg, le mari, est ingénieur comme Eric Ambler. Mais aussi le capitaine Lucky, un ancien de l’armée anglaise reconverti dans le trafic d’armes et Yam Heng le looser de la famille Tan, joueur très malchanceux sur le marché du caoutchouc.
Face à eux des diplomates espions et des combattants radicaux.
Tout commence en Malaisie quand Girija Krishnan, secrétaire d’un planteur de caoutchouc, découvre une cargaison d’armes destinée à la rébellion communiste. Dans cette partie du monde, la Chine arme des milices anti-britanniques. Pendant trois ans, Girija patiente et élabore un plan pour vendre les armes et acheter une compagnie de transports d’autobus. Chacun ses rêves.
Girija contacte ensuite Siow Mong, l’ainé des Tan, un collaborateur de son patron spécialisé dans la transport maritime. Celui-ci fait alors appel à sa fratrie. Mais pour des raisons administratives visant à limiter les trafics des factions en lutte la cargaison ne peut être prise en charge que par un prête-nom étranger.
Cet étranger, c’est Greg Nilsen. Un homme d’affaire au-dessus de tout soupçon qui voyage en Malaisie avec sa femme. Le touriste accepte cette offre très risquée par goût du jeu et par conviction idéologique.
Un roman d’action et d’atmosphère
Il y a peu de scènes d’action dans Les trafiquants d’armes. En revanche quand Eric Alber en décrit une c’est un feu d’artifice. C’est le cas de l’enlèvement des Nilsen et de l’attaque d’une centrale électrique doublée de l’assaut de la prison où il sont détenus.
S’il y a peu de scènes d’action, le rythme est toujours soutenu. Surtout, le roman joue sur la création d’atmosphères.
Il y a des bouges avec des currys sans pareil, des malt exquis dans des bureaux d’acajou, des tissus précieux chez des tailleurs hongkongais. On passe du climat feutré et luxueux d’une croisière à la touffeur des jungles et plus généralement à celle qui enveloppe l’Asie du Sud-Est. Car le roman est un vaste mouvement qui passe de Malaisie en Indonésie avec des haltes à Singapour ou encore à Manille. Le goût des choses comme la mer, la chaleur, les paysages font partie du livre.
L’atmosphère c’est aussi la confrontation psychologique. Confrontation aussi intense que feutrée. Dans les négociations entre le vendeur Giriji et le transporteur Tan, un sourire, une goutte de sueur qui perle fait la différence.
Confrontation verbale toute en finesse stratégique aussi entre le diplomate espion américain et les chefs commandants de la région.
Et en creux une morale ironique. Soames, colonel observateur de la zone, demande ainsi à Nielsen, propriétaire d’un société de pièces de précision : « Que fait votre gouvernement des pièces de précision que vous fabriquez dans votre usine ? il nourrit des gens affamés avec, où il les met dans des missiles nucléaires ? ».
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Les trafiquants d’armes
Eric Ambler
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