Le Figaro 200 ans : le beau livre d’Étienne de Montety

Le Figaro 200 ans : le beau livre d’Étienne de Montety. Le quotidien retrace son « bicentenaire de liberté » à travers une auto-célébration et 700 archives brassant satire, littérature et conservatisme politique.
Fondé le 15 janvier 1826, Le Figaro – le plus ancien quotidien national français encore publié – a célébré ses 200 ans à travers plusieurs événements. Parmi eux : une exposition au Grand Palais (du 14 au 16 janvier 2026), intitulée « 1826-2026 : Le Figaro, 200 ans de liberté ». Au programme, plus de 300 documents (unes, manuscrits, photos, archives). Mais aussi des lectures, conférences, un documentaire TV et, surtout, un beau livre d’Étienne de Montety, directeur du Figaro littéraire. Un ouvrage d’environ 400 pages illustré de près de 700 pièces d’archives, qui retrace l’histoire du journal de façon chronologique et thématique. Parmi les archives des photos de George Sand et de Victor Hugo par Nadar, des dessins, des caricatures mais aussi des article « pépites » comme Proust et le téléphone où encore la visite de Rodin à la Cathédrale de Chartres, sans oublier la couverture des guerres notamment des tranchées.
Le livre met en avant la longévité du titre en dépit de la censure, des crises et de l’Occupation. Après des positions ambivalentes face au régime de Vichy, le Figaro entre en résistance, quand la censure devint trop forte, en se sabordant (1942). Étienne de Montety s’attache aussi à l’évolution du journal. Né frondeur satirique tout droit surgi de l’esprit espiègle et rebelle de Beaumarchais, il se mue en quotidien enraciné dans les terres de la droite et du centre-droit.
De la satire au conservatisme profond
En 1826, sous la Restauration, Le Figaro apparaît en effet sous la forme d’un journal satirique de quatre pages. Il critique Charles X et les mœurs de l’époque, avec un ton léger et provocateur. Henri de Villemessant, à partir de 1854, en fait un titre plus influent, littéraire et mondain, tout en restant combatif.
Au XXe et XXIe siècles, Le Figaro devient le journal de référence de la droite et du centre-droit français. Il accueille une multitude de conservatismes : gaullistes, libéraux, conservateurs sociaux, sarkozystes, macronistes de droite, sensibilités identitaires modérées. Cette ouverture à différentes sensibilités de droite maintient une ligne conservatrice globale sur les questions sociétales, économiques et identitaires.
Raymond Aron, figure du libéralisme modéré
Raymond Aron a été éditorialiste au Figaro de 1947 à 1977. Anticommuniste convaincu (notamment dans L’Opium des intellectuels, 1955), il défendait un libéralisme classique, pluraliste et attaché à la démocratie parlementaire. Loin de l’extrême droite, sa pensée analytique et antitotalitaire influence encore la droite classique et le centre-droit français, comme référence contre les dérives populistes ou extrêmes.
FigaroVox, la partie la plus à droite
Depuis 2014, FigaroVox (rubrique débats du site) publie des tribunes souvent très conservatrices : critiques de l’immigration, de l’islamisme, de la « bien-pensance » progressiste. Des contributeurs comme Gilles-William Goldnadel, Ferghane Azihari ou Alexandre Devecchio y développent des positions ultraconservatrices ou identitaires. Le journal papier reste plus institutionnel, mais FigaroVox marque la frange la plus far right du titre.
Un traversée de l’histoire contemporaine
Le Figaro témoigne des grand moments de l’histoire. De l’exil de Charles X à l’incendie de Notre-Dame, en passant par Dreyfus, l’Algérie et le Mur de Berlin.
L’Affaire Dreyfus : un engagement prudent
Au début de l’affaire (1894), Le Figaro suit la version officielle de l’armée. Fin 1897, il relance le dossier en publiant les lettres d’Esterhazy et des articles de Zola favorables à la révision. Face aux désabonnements de son lectorat bourgeois et nationaliste, il recule en 1898 (publication du dessin de Caran d’Ache sur les divisions françaises). Il reste néanmoins favorable à une révision procédurale, mais sans le ton radical de L’Aurore et du « J’accuse… ! » de Zola.
La guerre d’Algérie : ligne pro-Algérie française
Pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), Le Figaro défend majoritairement l’idée d’une Algérie intégrée à la France. Il couvre les violences du FLN, soutient l’armée et les Pieds-Noirs, critique les négociations d’Évian. Cette position reflète la sensibilité conservatrice et patriotique de la droite de l’époque.
Les grandes plumes
Le Figaro c’est l’actualité mais aussi les lettres. De nombreux écrivains y trempent très tôt leur plume. D’abord Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Barbey d’Aurevilly. Puis Alexandre Dumas fils, Guy de Maupassant, Émile Zola (articles sur Dreyfus), Marcel Proust (chroniques et pastiches), Maurice Barrès, Pierre Loti, Paul Valéry, Paul Claudel, François Mauriac, Colette. Depuis 1946, Le Figaro Littéraire maintient cette tradition de dialogue entre littérature et actualité.
Un lieu symbolise cette période : l’immeuble du 37 rue du Louvre, construit en 1934 pour Paris-Soir et Paris-Midi par les architectes Fernand Leroy et Jacques Cury. Cet immeuble Art Déco, avec bureaux et rotatives, devient un centre de la presse parisienne parfois comparée au Fleet Street londonien. Joseph Kessel y signe des reportages pour Paris-Soir, Blaise Cendrars y publie des récits et chroniques dans les années 1930 (séries de « True Tales » commandées par le journal). Le Figaro s’y installe à partir des années 1970 jusqu’en 2005. L’endroit regroupait plusieurs titres, favorisant les croisements entre écrivains et journalistes.
Le Figaro 200 ans de liberté a valeur patrimoniale. Un patrimoine conservateur dont Raymond Aron incarne l’exigence libérale. Fidèle à la devise originelle de Beaumarchais – « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » –, ce legs a parfois viré au « réactionnisme » marqué, notamment lors de l’épidémie de sida où Le Figaro parlait de « syndrome gay » associant quasi exclusivement la maladie aux homosexuels. Ainsi, la liberté de blâmer, fondement du journal, révèle aussi ses ambiguïtés et ses dérives quand elle se fait instrument de jugement moral conservateur.
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Le Figaro 200 ans de liberté
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