Une Journée Aristocratique au MAD Paris
Une Journée Aristocratique au MAD Paris. L’exposition, en collaboration avec Givaudan, reconstitue avec sons et odeurs, 24 heures d’un hôtel particulier de 1780 : du réveil poudré aux jeux du soir.

« Une journée au XVIIIe siècle. Chronique d’un hôtel particulier », nous fait vivre 24 heures d’un hôtel particulier parisien des années 1780. De 5h15 jusqu’au carillon de 23h15 annonçant le coucher, cette immersion sensorielle (sons, odeurs, lumières) recrée l’intimité d’une demeure aristocratique avec plus de 550 pièces originales – majoritairement issues des collections du musée et souvent inédites.
Signée par les commissaires Ariane James-Sarazin (conservatrice générale du patrimoine, XVIIe-XVIIIe) et Sophie Motsch (attachée de conservation), avec une scénographie signée FREAKS architecture, l’exposition adopte un parcours chronologique strict en trois actes : matin, après-dîner, soir. La lumière évolue progressivement pour marquer le passage des heures, tandis que pendules, cartels, montres et almanachs rappellent l’émergence d’un rapport plus précis au temps – journées allongées, coucher retardé.

Dès l’entrée, le contraste est saisissant : bruits de Paris qui s’éveille (cris des marchands, roues sur pavés irréguliers) et odeurs urbaines (dont une subtile note de crottin) évoquent la vie rude dehors. À l’intérieur, l’opulence protégée par le porche de la cour : maîtres, domestiques invisibles (avec leurs couloirs dédiés), animaux familiers (chiens, chats, oiseaux exotiques). Les jardins à la française – parterres fleuris, treillages, plantes en pots et jardinières en porcelaine – offrent un havre de verdure, marqueur d’élection sociale loin de la promiscuité urbaine.
L’ambiance est résolument cinématographique : tic-tac, carillons, murmures, et surtout un parfum évolutif signé Daniela Andrier pour Givaudan. Du crottin matinal aux notes poudrées et florales du réveil, boisées dans la bibliothèque, gourmandes à table, musquées et ambrées le soir – « un peu de XVIIIe siècle sur la peau ».
Immersion anthropologique et culturelle

L’intention des commissaires est de transcender la simple présentation d’objets pour offrir une enquête anthropologique, culturelle et sensible sur l’art de vivre à la française au Siècle des Lumières. Au fil des espaces, on suit ainsi les rituels quotidiens : lever convivial dans la chambre (lit à la duchesse, toilette sèche, perruques poudrées), robe de chambre orientale dans la bibliothèque de Monsieur, boudoir de Madame avec ottomane et travaux d’aiguille, dîner à la française (service raffiné, rafraîchissoirs), salons de musique, cabinets de jeux.

Chronique des privilèges
Mais l’exposition n’est pas seulement une reconstitution : elle interroge les privilèges d’une élite, les innovations (éclairage, chauffage, accès à l’eau), les rituels de civilité et les contrastes sociaux. L’architecture ainsi est intrinsèquement discriminante : espaces de circulation séparés pour les serviteurs, afin de ne pas déranger les maîtres. Un monde élégant, mais un monde de classes.
Des objets témoins de l’art de vivre au Siècle des Lumières
Parmi les trésors à ne pas manquer :
- l’ottomane (France, vers 1775-1780, noyer sculpté peint en gris et doré) ;
- la robe à l’anglaise (1780-1785, pékin de soie blanc rayé rose et vert, broché de fleurs) ;
- la chaise à porteurs (Paris, vers 1740-1750) ;
- le carlin sur coussin (porcelaine de Berlin, vers 1760) ;
- le projet de lit à la polonaise par Jean-Démosthène Dugourc (vers 1784-1790) ;
- la pendule de Ladouceur (Chantilly, vers 1745) ;
- le bonheur-du-jour de Martin Carlin, la harpe de Sébastien Renault (1786), le fauteuil à la reine de Jean-Baptiste Claude Sené ;
- éventails, jeux de cavagnole, tabatières, tables en verre filé…
Cette chronique vivante d’un monde raffiné et inégal mêle histoire, arts décoratifs et sensorialité. Un must pour les passionnés !

INFOS PRATIQUES
Une journée au XVIIIe siècle, chronique d’un hôtel particulier
🗓️ Jusqu’au 5 juillet 2026 (du 18 février au 5 juillet 2026)
📍 Musée des Arts Décoratifs (MAD), 107 rue de Rivoli, Paris 1er
👉 Réservations recommandées sur madparis.fr

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