Géopolitique du sucré : les confiseries face aux crises

Géopolitique du sucré : les confiseries face aux crises. Le sucré français – du macaron patrimonial au bonbon artisanal – subit les chocs géopolitiques (Russie, États-Unis, Moyen-Orient) et une concurrence chinoise low-cost qui érode le bas de gamme. Entre l’exigence premium de Franck Deville (3 étoiles Great Taste) et la résistance de Rémy Groussard (Tonton Pierrot), une résilience fragile se dessine.


La confiserie française, des bonbons traditionnels au macaron premium, est vulnérable : pertes de marchés d’export, logistique perturbée et importations chinoises low-cost (via Temu et Shein) ébranlent le segment entrée de gamme. Les macarons ne sont pas directement impactés par cette déferlante, car le segment premium reste protégé par sa complexité technique, sa fragilité logistique et son positionnement haut de gamme, contrairement aux bonbons de masse ultra-transformés.

La confiserie : David européen contre Goliath chinois

Box bonbons © Tonton Pierrot


Rémy Groussard (Ateliers de Tonton Pierrot, Hérault, label PME+, 60 000 points de vente, sans OGM ni gluten) alerte sur la fermeture des PME. Il dénonce les entrées massives de bonbons bas prix (assemblés en Europe, mais composés d’ingrédients bas de gamme venus des quatre coins du monde).
À l’heure où les douanes françaises multiplient les saisies de produits impropres (colorants interdits, huiles minérales cancérigènes, allergènes masqués), les plateformes low-cost et les conteneurs low-price inondent l’Europe. Résultat : des prix imbattables qui font trembler les ateliers français. Car, en période de tension sur le pouvoir d’achat, les choix des consommateurs se reportent souvent sur le bas de gamme.

C’est indéniablement une lutte de David contre Goliath (Shein & co), amplifiée par une augmentation de 26% des colis low-value chinois en Europe (UE) en 2025.

Le sucré face aux guerres et aux droits de douane

Macarons aux myrtilles © Franck Deville

Le macaron reste un pilier du patrimoine gastronomique français : produit artisanal par excellence, inscrit dans le repas gastronomique des Français depuis 2010. Sa fabrication verticale – de l’amande sélectionnée à la ganache montée à la main – symbolise un savoir-faire transmis et une économie locale (amandes provençales ou méditerranéennes, sucre européen, normes UE strictes). Mais en 2026, les artisans pâtissiers spécialisés dans ce produit premium font face à une accumulation de chocs externes qui pèsent sur leurs exportations et leur chaîne logistique.

Franck Deville, fondateur de la Maison Franck Deville – L’Artisan Macaronier des Chefs (Roche-la-Molière, Loire, créé en 2011, spécialisé dans les macarons gluten-free pour la restauration haut de gamme), a obtenu en 2024 trois étoiles au Concours International The Great Taste pour son macaron citron. Une distinction rare qui ne touche que 1,8% des participants.

Interrogé, il résume :  « Nous enchaînons les crises. Tout d’abord, la guerre en Ukraine et la fermeture du marché russe. Un premier impact car on exportait beaucoup en Russie. Ensuite, la hausse des droits de douane imposée par Trump. Et maintenant, une nouvelle guerre au Proche-Orient. Nous avons un conteneur bloqué. En bref, on ne sait pas où on va».  

Franck Deville ajoute qu’il doit communiquer activement pour se recentrer sur l’Europe et la France, en attendant que les tensions s’apaisent.

Cap sur le patrimoine gastronomique

Le sucré, version macaron et confiserie française, n’est pas condamné. Le premium croît encore (~3-4 % de CAGR prévu 2026-2034 pour le marché mondial la confiserie sucrée), porté par l’authenticité et les saveurs innovantes. Notamment pour le chocolat. Mais ces chocs cumulés fragilisent les artisans et PME. Choisir un macaron ou une confiserie « made in France » devient le geste de soutien à un patrimoine vivant confronté à une géopolitique imprévisible et à une concurrence globale asymétrique.

NDR : CAGR : taux de croissance annuel moyen sur une période donnée.

Infos

Sources : entretiens avec Rémy Groussard et Franck Deville

site Tonton Pierrot (Rémy Groussard)

site Franck Deville

– Augmentation de 26 % des colis low-value chinois en UE en 2025 : Reuters (26 janvier 2026) et Commission européenne.

Bonne santé du marché premium :

https://www.fortunebusinessinsights.com/sugar-confectionery-market-110274

https://www.fortunebusinessinsights.com/industry-reports/confectionery-market-100542

Saisies douanières 1,6 T de bonbons impropres : http://www.douane.gouv.fr/actualites/16-tonne-de-bonbons-impropres-saisie-par-la-douane-francaise-marseille

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Natexpo décryptage des tendances avec Pascale Brousse