Fares Cachoux art minimaliste engagement maximal

Fares Cachoux art minimaliste engagement maximal. À l’occasion de la 10e édition d’Urban Art Fair, l’artiste franco-syrien a présenté des estampes numériques saisissantes qui abordent sans détour les drames contemporains. Interview.

Guerres et Migrations

Une mouette en Méditerranée 2024 © Fares Cachoux

Leonore Cottrant : Parlez-nous des œuvres présentes sur le stand de la galerie Nadine Fattouh?  

Fares Cachoux : Beaucoup d’œuvres traitent de la guerre et de ses conséquences : le déplacement de populations, l’immigration, les réfugiés, et la violence subie par les enfants à cause de la guerre. On peut le constater avec War Child, qui rend hommage à tous les enfants victimes de nos guerres, nous les adultes.

Passion Fruit 2021 © Fares Cachoux

Je travaille aussi sur les questions de la virilité et de la violence masculine. Il y a notamment Passion Fruit en regard d’une autre œuvre qui montre un pistolet viriliste sur fond rose.

Autre thématique : la question de la tolérance et des mouvements d’immigration à travers la Méditerranée. Une mouette en Méditerranée l’illustre : on y voit une mouette posée sur un cadavre de naufragé.

A Better World : consumérisme contre nature

A Better World 2024 © Fares Cachoux

Il y a également A Better World, une scène post-apocalyptique qui représente la Terre 50 ou 100 ans après la disparition des derniers hommes. On distingue les vestiges de la société de consommation, de la société capitaliste. Une société déchue. Le caddie est à l’envers… un oiseau perché dessus.

L’objectif est de montrer la chute de cette société de consommation et la nature qui reprend ses droits. Et ce petit oiseau posé sur le caddie est en train de réfléchir : « Il y a quand même moins de pesticides, moins de bruit, moins de pollution… On n’est pas mal là ». Il trouve que c’est un monde meilleur. En fait, c’est l’oiseau qui donne le titre de l’œuvre en pensant qu’il est dans un monde meilleur… Malheureusement, c’est un monde sans les hommes.

LC : Justement, les oiseaux sont très présents. Pourquoi ?

FC : L’oiseau est un très bon indicateur de la santé de l’environnement et de la nature. De plus, il incarne la fragilité, la liberté. Par exemple, là c’est un rouge-gorge : il fait 10–12 grammes maximum, il est plein d’énergie, il vole toute la journée… c’est une merveille de la nature. Je les adore et je les met souvent en scène.

Entre opulence et conservatisme : Les Yeux

LC : Et il y a aussi beaucoup de femmes… On pense au pop art avec les oreilles de Mickey…  

FC : Oui, mais ce n’est pas parce qu’on voit Mickey que c’est du pop art. Ça en a l’air, mais en fait il y a des questions très sérieuses sous-jacentes.

L’ensemble d’œuvres exposées vient d’une série plus large : Eye to Eye. C’est un retour sur mon expérience dans les pays du Golfe. J’y ai observé une société en pleine mutation : confrontée à l’opulence, à la consommation à outrance, à la modernité, mais en même temps écartelée entre cette modernité et le conservatisme, la tradition…

Je m’interroge sur le masculin, l’ambition politique, le religieux, le voile, la place de la femme, … ce qu’il reste de son identité quand son corps est entièrement couvert et ne laisse apparaître que les yeux.

LC : Mais les lunettes sont partout, cachent ce qu’il reste : les yeux.

FC : Quand on est voilé, on regarde les autres mais les autres ne nous voient pas. Avec des lunettes de soleil, c’est encore plus radical : même le regard disparaît.

Les femmes puissantes : les Reines

Karaz Queen 2022 © Fares Cachoux

LC : L’accrochage sur le mur de gauche évoque des contes de fées orientaux…  

FC : C’est la série Queens, un hommage aux femmes orientales que je trouve belles et extrêmement résiliantes. Je les ai donc représentées en reines.

En même temps, la frontière entre la femme et la nature reste floue : il y a toujours un élément végétal ou animal en harmonie avec elle. C’est la femme-nature, origine du monde, dans le sens de la beauté, de la délicatesse, de la sensibilité… mais aussi de la force et du courage.

Je parle d’expérience. Je suis d’origine orientale et je connais beaucoup de femmes qui ont sauvé leur famille pendant les guerres et les déplacements forcés. Dans les pays d’accueil, elles ont également montré une incroyable résilience. Voilà pourquoi je leur rends hommage.

LC : Pour terminer, un mot de votre technique ?  

FC : Mon travail, on le voit ici dans le salon, est essentiellement numérique. Je commence toujours par un sketch sur papier, puis je passe sur ordinateur. Ensuite viennent les éditions d’estampes proposées à la vente.

Fares Cachoux en bref

Fares Cachoux sur le stand Nadine Fattouh, Urban Art Fair

Fares Cachoux (né en 1976 à Homs, Syrie) est un artiste plasticien franco-syrien, formé à l’ingénierie informatique à Alep puis aux arts numériques à Paris (Master et Doctorat). Après avoir dirigé des départements digitaux dans des musées au Qatar, il se consacre pleinement à l’art depuis 2021. Aujourd’hui installé à Paris, il construit une œuvre engagée, minimaliste et aux couleurs franches, questionne les conflits, les migrations, l’oppression, la place des femmes et la crise écologique. Invité par Banksy à Dismaland en 2015, il expose régulièrement en France et à l’international.

INFOS

Site officiel Fares Cachoux

Site officiel Galerie Nadine Fattouh

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