Drawing Now Focus Iran

Drawing Now Focus Iran. Plusieurs galeries ont relayé les voix d’artistes liés à la culture persane. Focus sur 4 créateurs au narratif hybride mêlant la finesse ornementale des miniatures persanes et des langages visuels contemporains.

Au Carreau du Temple, l’édition 2026 de Drawing Now a mis en lumière plusieurs artistes d’origine iranienne ou liées à la culture persane. Les choix de programmation ont été arrêtés bien avant le déclenchement d’une nouvelle phase de conflit au Moyen-Orient. Cette actualité rend la découverte des œuvres encore plus saisissante : des dessins minutieux, d’une grande densité narrative, qui dialoguent avec la tradition des miniatures persanes tout en intégrant des perspectives venues d’horizons multiples (Renaissance européenne, imagerie contemporaine, hybridations culturelles).

Dans un contexte où l’exil et la condition féminine occupent une place centrale dans les récits personnels et collectifs de ces artistes, le dessin devient un espace de résistance douce, de mémoire et de réinscription. Les corps féminins, souvent fragmentés, surchargés ou rendus invisibles, portent les traces de l’histoire, de la migration forcée et des contraintes sociales. La minutie du trait et la superposition des strates transforment chaque feuille en palimpseste : histoire intime et histoire politique s’y entrelacent.


Nazanin Pouyandeh : Galerie Templon

Nazanin Pouyandeh, Sans titre, 2026, technique mixte sur papier, © Nazanin Pouyandeh

Née en 1981 à Téhéran, Nazanin Pouyandeh fuit l’Iran à 18 ans après l’assassinat politique de son père. Installée en France, formée aux Beaux-Arts de Paris, elle développe une figuration narrative dense qui mêle hyperréalisme des visages et surcharges ornementales.

Dans l’œuvre phare présentée à Drawing Now (Sans titre, 2026, technique mixte sur papier), une figure féminine tient un crâne orné tandis que son visage et son corps deviennent des surfaces transparentes où affleurent scènes mythologiques, références à la Renaissance, miniatures persanes et fragments d’histoire. La condition féminine et l’exil se lisent dans cette densité : la femme n’est plus seulement représentée, elle devient un palimpseste vivant où se superposent mémoire traumatique et résilience.

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Golnaz Behrouznia : Galerie Julie Caredda

Golnaz Behrouznia, Agrégats, 2025, © Golnaz Behrouznia

Née en 1982 à Shiraz (Iran), Golnaz Behrouznia vit et travaille à Paris. Son solo show Corps invisibles interroge les frontières du visible et de l’invisible.

Ses dessins à l’encre pigmentée (Agrégats, 2025) déploient des formes organiques, presque microscopiques, qui suggèrent des corps fragmentés ou des territoires fluides. Le trait minutieux évoque à la fois une observation scientifique et une poésie politique : le corps féminin, souvent rendu invisible par les contraintes sociales ou l’exil, est ici recomposé par accumulation. Son travail transmédia transforme le dessin en outil de résilience, où l’invisible devient une présence poétique et résistante.

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Bahar Kocabey : Galerie Fahmy Malinovsky

Bahar Kocabey , vue de l’exposition Drawing Now, © Bahar Kocabey et Galerie Fahmy Malinovsky


Artiste franco-kurde d’origine iranienne, Bahar Kocabey transforme le dessin en paysages mémoriels peuplés d’humains et de non-humains.

Ses compositions denses intègrent des motifs issus de la culture kurde dans des espaces non hiérarchiques, où la nature et l’imaginaire dialoguent avec l’histoire collective. L’exil et la condition féminine transparaissent dans cette réinscription de mémoires fragilisées : les figures féminines s’imbriquent dans des paysages traversés par le feu et l’eau, symboles de destruction et de renaissance. La filiation avec les miniatures persanes se perçoit dans la profusion de détails et la fluidité narrative.

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Samira Abbassy : Richard Saltoun Gallery

Samira Abbassy, Floral Mortal Coils, 2016 © Samira Abbassy

Née en 1965 à Ahwaz (Iran), Samira Abbassy est une artiste irano-britannique installée à New York. Elle explore l’identité, l’héritage culturel et les questions de genre à travers des peintures à l’huile riches en textures. Influencée par son expérience d’immigrante et ses racines iraniennes, elle crée des images oniriques et métaphoriques inspirées de L’Enfer de Dante, où des figures se tordent et se transforment, mêlant tourment, beauté et espoir de libération. Son travail fusionne traditions qajar persanes et iconographie hindoue dans un dialogue entre Orient et Occident, révélant les multiples facettes de l’être humain. Ses œuvres, à la fois intimes et universelles, évoquent la psyché et les métamorphoses intérieures. Les dessins sont puissants, viscéraux (Psychic Intrusion – 2022).

Son œuvre X-Ray Mirror (2022, collage, acrylique et gouache sur papier / photo d’ouverture) fusionne miniatures persanes, iconographie chrétienne et motifs contemporains. Le dessin agit comme un miroir rayé qui révèle les strates invisibles de l’être, mêlant douceur ornementale et violence narrative.

Ces présences à Drawing Now 2026 ne relèvent pas d’une thématique imposée, mais d’un regard attentif des galeries sur des pratiques qui, aujourd’hui, résonnent avec une acuité particulière. Minutie du trait, affiliation aux miniatures revisitées, superposition des strates : ces artistes offrent un dessin vivant, engagé et poétique, où l’exil et la condition féminine deviennent sources d’une création originale et profondément humaine.

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