NOÛS à la BnF – festival Art et IA

NOÛS à la BnF – festival Art et IA. Le temple de la lettre passe à la ligne de code pour célébrer l’intelligence collective, la création et le patrimoine.
La Bibliothèque nationale de France s’attache décidément aux révolution scientifiques et culturelles. En 2023, elle consacre une grande exposition, Imprimer ! L’Europe de Gutenberg, à l’une des ruptures majeures de l’histoire : l’invention de l’imprimerie typographique au milieu du XVe siècle. Près de 270 pièces retracent les tâtonnements techniques, les expérimentations collectives et les bouleversements culturels provoqués par cette innovation. L’exposition met en lumière autant les espoirs (démocratisation du savoir) que les peurs (propagation d’erreurs, multiplication incontrôlée des textes, risques de désinformation).
Gutenberg x IA : mêmes peurs mêmes espoirs ?
Trois ans plus tard, la BnF franchit une nouvelle étape avec NOÛS, son premier festival dédié à l’art et à l’intelligence artificielle, imaginé par BnF-Partenariats et Fisheye. Ce festival court et dynamique investit le site François-Mitterrand pour interroger la création artistique à l’ère de l’IA. Le titre, emprunté au grec ancien, désigne l’esprit, l’intellect, mais surtout cette intelligence collective qui nous relie et nous dépasse.
Le parallèle avec Gutenberg est frappant, mais mérite d’être nuancé. L’imprimerie constituait une rupture essentiellement physique et mécanique : elle reposait sur la reproduction matérielle d’objets (caractères mobiles, presses). L’IA, elle, représente une rupture cognitive et algorithmique : elle analyse, transforme et génère à partir de données massives. Là où Gutenberg amplifiait la diffusion d’un contenu existant, les algorithmes – qui amplifient aussi le bad buzz – peuvent inventer des hypothèses spéculatives. Le risque n’est plus seulement celui de l’erreur matérielle, mais celui de l’opacité ou de la fabrication de « faux ».

Révéler l’enfoui
C’est précisément cette nuance que NOÛS cherche à dépasser. Comme l’écrivait Paul Valéry dans sa Petite Lettre sur les mythes : « Que serions-nous sans le secours de ce qui n’existe pas ? » L’IA est aujourd’hui ce « non-existant » qui agit sans conscience. Bien guidée, elle doit secourir notre compréhension du réel et non la brouiller. En ouvrant aux artistes les fonds vérifiés et tangibles de la BnF (via Gallica), le festival refuse une IA « hors-sol » qui effacerait le créateur. Ici, selon les organisateurs, l’intelligence artificielle révèle l’enfoui plutôt qu’elle ne génère du faux.
Un parcours en deux temps et deux ambiances

L’exposition se déploie en accès libre dans les espaces publics du site François-Mitterrand selon un parcours en deux temps et deux ambiances distinctes.
Obvious : une fresque de nouvelles espèces végétales
D’un côté, un long mur monumental accueille une gigantesque fresque immersive d’Obvious : I am the order implicit. Un algorithme génératif, entraîné sur les collections botaniques de la BnF, compose des images dont la structure, les proportions et les échelles obéissent strictement au nombre d’or. Le résultat évoque une tapisserie contemporaine ou un papier peint géant. Les formes se répètent, se superposent et se transforment en une végétation fictive répondant aux enjeux écologiques actuels.
Des stations sensorielles
De l’autre côté, le parcours se fragmente en une série de « stations » individuelles, plus autonomes et spectaculaires.

Les artistes explorent une grande diversité d’approches – de la vidéo de sirène à la sculpture 3D de danseurs urbains, de la projection phosphorescente de vanités à la broderie textile, de l’installation vidéo immersive dans un jardin aux bas-reliefs de plâtre gravés des savoirs féminins effacés– sans jamais perdre de vue les collections historiques de la BnF.

Le regard sur le patrimoine est riche, vivant et non instrumental : il révèle l’enfoui plutôt que de l’effacer. D’autres événements, comme l’exposition Le monde selon l’IA au Jeu de Paume (2025), proposaient une vaste enquête sur l’IA avec un accent plus sociétal, critique et historique (distinguant IA analytique et générative, en interrogeant ses impacts politiques, écologiques et culturels). NOÛS se distingue par son ancrage concret dans les fonds vérifiés d’une grande bibliothèque nationale et par cette complémentarité harmonieuse entre héritage et innovation.
Photo d’ouverture : Audrey Large Moon of the Year, 2025, vue de l’exposition
INFOS
NOÛS, premier festival art & IA à la Bibliothèque nationale de France
Du 9 au 19 avril 2026
BnF – Site François-Mitterrand, Paris 13e (espaces publics en accès libre)
Entrée gratuite
Horaires : mardi-samedi 10h-19h, dimanche 13h-19h, lundi fermé
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