Prix Reiffers l’Art trafique l’inconnu

Prix Reiffers l’Art trafique l’inconnu. Une exposition, entre figuration et abstraction, qui explore le corps, la peau, les traumas, les gestes, les peurs à travers de petits ou grands formats et des médiums pluriels. Le Prix Reiffers Initiatives 2026 couronne l’étrangeté de Stanislava Kovalcikova.
Lors de la visite de presse de l’exposition Trafiquer l’inconnu, le commissaire Bernard Blistène a adopté un ton résolument politique en évoquant Nietzsche : « Nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité. »
Le directeur honoraire du Musée national d’art moderne (Centre Pompidou) a rappelé son long compagnonnage avec l’art. Cette expérience lui a permis de « regarder autrement et de saisir les enjeux de la peinture ». Mais aussi de se frotter à des sujets techniques, des projets de référence et à une grande diversité de propositions. Saluant cette cinquième édition, il a souligné : « Dans le contexte actuel, il y a dans cette initiative quelque chose de central. Le fait que des artistes ont choisi de vivre en France. Car si une certaine idée de la France persiste, c’est justement à travers ces artistes. Leur choix d’être ici nous oblige. »
Depuis sa création en 2021, Reiffers Initiatives sélectionne des artistes émergents de la scène française via un programme de mentorat et son prix annuel. Les membres du comité artistique, « qui partagent des valeurs d’ouverture et d’inclusion », apportent leur expertise, leurs conseils et leur réseau aux jeunes talents.
Le Prix Reiffers Initiatives 2026 a été attribué à Stanislava Kovalcikova. Khaled Jarada, lui, a décroché la mention spéciale. Les huit artistes sélectionnés cette année sont : Khaled Jarada, Louis Le Kim, Stanislava Kovalcikova, Arthur Marie, Eva Helene Pade, Ibrahim Meïté Sikely, Minh Lan Tran et Manon Wertenbroek.
Trafiquer l’inconnu : explorer les territoires
L’exposition Trafiquer l’inconnu, mise en scène par Bernard Blistène, explore avec force la thématique du corps, de la peau, du geste et des métamorphoses, dans un dialogue entre figuration, abstraction et enjeux contemporains.
La peau et le corps

Manon Wertenbroek explore notamment la peau comme membrane. L’ossature humaine émerge sous le cuir « upcyclé » du cheval ou du bœuf. Elle laisse aussi deviner des sous-vêtements « que l’on aurait peut-être aimé garder plus longtemps », confie l’artiste. Une évocation discrète et sensible du consentement et de l’intime.

Le corps queer s’incarne avec une grande délicatesse chez Arthur Marie, dont les silhouettes émaciées en noir et blanc, puisées dans des archives photographiques historiques, des éditoriaux de mode et des imageries médicales, stimulent puissamment l’imaginaire.

Stanislava Kovalcikova propose des représentations étranges et hypnotiques, notamment un être hybride à la fois humain et serpent, qui étire ses bras entre menace et langage. Son travail construit des environnements théâtraux et énigmatiques, entre figuration et métamorphose.
Chez Minh Lan Tran, le geste du corps traverse les grandes abstractions inspirées par l’Acting et les arts de combat vietnamiens.
Alertes & danse

De son côté, Eva Helene Pade peint des danseurs en transe qui se dissolvent dans une atmosphère apocalyptique digne des maîtres anciens : confusion des corps et des peaux, émergence de crânes, avec trois strates superposées – le sol, le corps dansant et une dimension peut-être céleste ou infernale. Une fête sans fin, une explosion, un oubli de soi dans la transe … et en grand format.

Danse aussi chez Ibrahim Meïté Sikely, qui présente un danseur ivoirien au milieu de sphères lunaires. L’artiste interroge par ailleurs l’enfance avec un Peter Pan inquiétant, armé d’un vrai couteau, entouré d’enfants au regard hagard et sombre. Alerte très actuelle pour le plasticien qui s’attache ici à « l’enfance menacée (….) au milieu des guerres ».

Louis Le Kim arrête l’infini par des déconstructions géométriques. Ses formes découpées, sobres et froides contrastent avec des explosions de couleurs dans la mer et le ciel, suggérant une apocalypse de la nature.

Khaled Jarada – The Remains gesture – 2026 copyright Philippe GarciaAlerte toujours chez Khaled Jarada. Ses grandes compositions vibratiles au fusain, parfois pliées en forme d’arme, et ses animations vidéo explorent le « geste restant » : ces mouvements répétitifs du quotidien qui portent à la fois la mémoire du trauma, l’exil et la persistance psychologique et physique du génocide vécu à distance. Une œuvre puissante et actuelle qui accueille le visiteur dès l’entrée.
Stanislava Kovalcikova (née en 1988 en Slovaquie, vit et travaille à Paris) et Khaled Jarada (né en 1996 à Gaza, vit et travaille à Paris) bénéficieront chacun d’une dotation. Plus précisément 10 000 € pour le premier prix, 5 000 € pour la mention spéciale. Ils recevront aussi une commande d’œuvre qui rejoindra la collection du fonds Reiffers Initiatives.
INFOS

L’exposition Trafiquer l’inconnu est visible au :
Reiffers Art Center, 30 rue des Acacias, Paris 17e (à deux pas de l’Arc de Triomphe), du 17 avril au 6 juin 2026. Entrée libre, ouverte du mercredi au samedi de 13 h à 19 h.
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