Le Panthéon expose Marc Bloch

Le Panthéon expose Marc Bloch. Dans la crypte, deux cartes d’identité racontent une double vie : l’une officielle, l’autre au nom d’emprunt de « Maurice Petit ». L’historien et résistant fusillé par la Gestapo entre au Panthéon aux côtés de sa femme Simonne. L’exposition « Marc Bloch, l’esprit de l’Histoire », conçue par le Centre des monuments nationaux, révèle l’homme derrière le grand nom.

Depuis la coupole, on descend dans la crypte : épaisseur de pierre, silence, température immuable. Loin de la foule, l’endroit se prête à la contemplation et à la réflexion. Construite en trois actes, l’exposition retrace le parcours de l’historien à travers documents, photographies, objets et ouvrages issus des Archives nationales, de la famille, du Service historique de la Défense, du Centre d’histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon et de collections privées.

Simonne Vidal Bloch : une présence en creux

Marc et Simonne Bloch © Archives familiales Marc Bloch


« Simonne est présente partout en creux », prévient d’emblée Yann Potin, commissaire de l’exposition. Au moment de la conception du parcours, la panthéonisation n’était pas encore actée. Marc Bloch entre au Panthéon autant pour son œuvre de chercheur que pour son engagement de résistant. Il est le premier historien à rejoindre la crypte des Grands Hommes. Son travail n’aurait sans doute pas été le même sans le soutien constant de sa femme. Yann Potin souligne une continuité entre le clerc médiéval et l’intellectuel laïc européen : l’entourage. Le premier s’appuyait sur sa communauté, le second sur sa famille, et bien souvent, en première ligne, sur une épouse restée dans l’ombre. « L’époque était à la hiérarchisation des genres », rappelle le conservateur en chef du patrimoine aux Archives nationales.

Mère de six enfants, infirmière pendant la Grande Guerre, Simonne Bloch portait la charge du foyer tout en secondant son mari, notamment en dactylographiant l’intégralité de ses écrits.


La scénographie épouse parfaitement l’architecture de la crypte, avec ses trois arches baignées d’une lumière tamisée.

Les origines

Entrée de l’exposition

À l’entrée, un texte en typographie médiévale rappelle que Bloch fut un grand historien de la ruralité du Moyen Âge.

En regard, une animation projette les titres de ses ouvrages dans une quarantaine de langues, soulignant qu’il reste l’un des historiens français les plus traduits au monde, alors qu’il n’a publié que six livres, dont son best-seller, L’Étrange Défaite.


L’exposition suit un ordre chronologique. On découvre l’enfance, l’apprentissage, les influences. Une photo touchante, floue et presque effacée, montre Marc Bloch à neuf ans enroulé dans un drapeau français. Né en 1886 à Lyon dans une famille alsacienne d’historiens, d’intellectuels et de militaires, il est marqué par l’affaire Dreyfus. Il répondra plus tard qu’il ne se déclare juif que « devant les antisémites », se sentant avant tout français et républicain.
Normalien, il enseigne à Strasbourg puis à la Sorbonne. On croise ses maîtres, dont Émile Durkheim, père de la sociologie moderne. Mais surtout l’éternel compagnon, Lucien Febvre, avec qui Bloch fonde les Annales d’histoire économique et sociale, injectant les sciences humaines dans la discipline.

Combat, exil et résistance

Cartes d’identité de Marc Bloch – vue de l’exposition

Sous la deuxième arche, le visiteur retrouve Marc Bloch dans les tranchées de 14-18, où naît sa réflexion sur les fausses nouvelles et les rumeurs de guerre.

Puis vient l’engagement dans la Résistance à 56 ans, l’arrestation et l’exécution par la Gestapo en 1944.
Trois cartes d’identité attirent particulièrement l’œil : l’une à son nom, tamponnée « Juif » ; une autre au nom de « Maurice Petit » ; la dernière, vierge. « On les a retrouvées par hasard dans une commode de l’Aude, explique Yann Potin. On ne sait pas exactement pourquoi il conservait sa carte officielle. Peut-être pour rendre visite à sa famille. »

Plus loin, le compte rendu officiel de son décès.

En regard, les magnifiques photographies en noir et blanc de Robert Doisneau, pleines d’ombres et de mystère. Le commissaire met toutefois en garde : « Concernant Bloch, il faut faire attention. On n’est pas dans Le Bureau des légendes. C’était un clandestin, un résistant amateur. »

L’historien

Bibliothèque de Marc Bloch – vue de l’exposition

La troisième partie est consacrée à l’œuvre et à l’héritage. Les Annales, le compagnonnage avec Lucien Febvre, la reconstitution de son bureau et de sa bibliothèque spoliée, avec ses piles de livres au sol. On y découvre aussi un testament moral, rédigé à différents moments de sa vie, et sa devise empruntée à Ernest Renan : « Il a chéri la vérité. »

Marc Bloch par Ernest Pignon-Ernest – vue de l’exposition

Autour des arches, des dessins d’Ernest Pignon-Ernest et de grandes photographies de Bloch pendant la guerre ou en randonnée complètent le parcours.

Le point d’orgue reste la visite du caveau : pierre calcaire immaculée, ambiance blanche et glacée, éternité de l’historien.

Photo d’ouverture : Marc Bloch en Suisse, années 1930 © Archives familiales Marc Bloch

Infos pratiques

Marc Bloch, l’esprit de l’Histoire

Crypte du Panthéon

Site du Panthéon

Du 25 juin 2026 au 10 janvier 2027

Juin à septembre De 10h à 17h30

Octobre à janvier De 10h à 17h

Tarifs : inclus dans le billet d’entrée

Tout public

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