Rambouillet 100 ans de diplomatie sous les lambris

Rambouillet 100 ans de diplomatie sous les lambris. Avec l’ouverture de l’appartement présidentiel Valéry Giscard d’Estaing, le Centre des monuments nationaux et le Mobilier national croisent politique et soft power hôtelier.
Immersion dès le petit-déjeuner avec pamplemousse, croissants et télévision vintage diffusant des extraits INA du Sommet du G6. Le sens du détail est indéniable : chemise bleue sur une patère, paire de lunettes posée sur la table basse, transistors, téléphones en bakélite, Agatha Christie en VO, journaux et flacons de Guerlain ou de Chanel dans la salle de bain…

Le 1er juillet 2026, le Centre des monuments nationaux (CMN) ouvre l’appartement présidentiel Valéry Giscard d’Estaing à Rambouillet. À cette occasion, une soixantaine de pièces du Mobilier national rejoignent le château, marquant une étape importante dans le remeublement des lieux.
Sur 250 m², sept espaces privés (chambres, boudoir, salle de bain, office, grande galerie…) se dévoilent, aménagées selon le goût du couple présidentiel : un savant mélange entre décor français du XVIIIe siècle et confort des années 1950-70. Résultat : une atmosphère à la fois intime et élégante.


Cette ouverture de l’appartement de VGE s’inscrit dans la politique du CMN. On rembobine jusqu’en 2023. Une première campagne de travaux permet alors de restaurer l’appartement de Napoléon Ier, d’ouvrir cinq chambres d’invités de la Présidence, la salle des marbres remeublée ainsi que les appartements Auriol et leur mobilier d’origine. Un mobilier créé par André Arbus, Raymond Subes ou encore Jean Pascaud.
Un château qui traverse l’histoire

On rembobine encore plus loin. Rambouillet est le seul château habité sans interruption du XIVe siècle à nos jours. Résidence des grands seigneurs de l’Ancien Régime, puis de l’Empire, puis de la République, le domaine a abrité sept siècles de politique, de chasse, d’art de vivre et de diplomatie.
Le Centre des monuments nationaux ouvre le château au public en 2009. Les visiteurs y traversent l’histoire à travers l’architecture et la décoration. Parmi les incontournables citons la tour du XIVe siècle où François Ier a rendu son dernier soupir, les appartements aux boiseries du XVIIIe siècle réalisés pour le comte de Toulouse, les stupéfiantes salles de bains (plus de 40 000 carreaux de faïence pour celle du comte de Toulouse, 17 panneaux à la gloire de la famille impériale pour celle de Napoléon). Mais aussi, la salle à manger des présidents, dressée comme figée par la main d’une fée. Un instantané éternel : vaisselle et menu du dîner officiel du premier G6 de 1975. Un aperçu de l’art de vivre à la française : cristal, porcelaine, argenterie, cuisine, vins …
Un domaine comme un désordre organisé

Rambouillet, c’est aussi un jardin à la française façon XVIIe siècle puis à l’anglaise à la demande du duc de Penthièvre. Un jardin faussement désordonné, que le jardinier parcourt sur 13 km chaque jour. C’est également le plus grand domaine national d’Île-de-France : 1 200 hectares clos de murs, des jardins, des canaux, et quelques clins d’œil malicieux, comme ces transats floqués au nom des présidents de la République.
Deux pépites dans les jardins

Dans les jardins, les fabriques constituent traditionnellement des attractions. Rambouillet en recèle deux de taille : la laiterie de la reine et la chaumière aux coquillages.
Louis XVI offre la laiterie à Marie-Antoinette, qui qualifiait le domaine de « crapaudière », sans doute en référence à ses marais. Le temple antique revisité par le néoclassicisme est doté d’un système de tuyauterie destiné à rafraîchir le lait, dispose d’un service de Sèvres et est entouré d’un arboretum.

Autre trésor : la chaumière aux coquillages, construite par le duc de Penthièvre en 1779 pour plaire à la princesse de Lamballe. L’effet réside dans la surprise. Le bâtiment se découvre en effet au dernier moment, au détour d’un massif de rhododendrons. Plus ! Son aspect rustique et campagnard tranche radicalement avec le luxe inouï qui se révèle à l’intérieur. Car le décor est entièrement composé de coquillages, fixés avec une précaution infinie après avoir été chauffés. Imaginez le lieu éclairé aux bougies ! La lueur des flammes se reflétant sur les nacres dans la pénombre, donnait sans doute à l’endroit un aspect totalement onirique.

Selon la légende, la princesse de Lamballe aurait été contaminée par son mari, atteint de la vérole. Ne supportant plus de voir son visage marqué par les cicatrices, elle aurait fait recouvrir de coquillages le grand miroir ovale de la chaumière. Reste les portraits qui ménagent ses traits délicats.
Giscard et le parcours 100 ans de diplomatie

En 2018, l’Élysée met fin au statut de résidence présidentielle du château de Rambouillet. Le CMN saisit l’occasion pour ouvrir progressivement l’ensemble du château au public. Une constante : exploiter la particularité.
À Rambouillet, le président reçoit « chez lui », à la campagne, dans l’intimité. On est loin de la solennité de Versailles, de sa majesté et de sa pesanteur.
Sur les murs, des clichés saisissent les dirigeants dans des moments à la fois politiques, diplomatiques et complices. On retient notamment cette photo de 1996 : Chirac et Mandela, en visite d’État, dans le jardin à l’anglaise. Ou encore celle du 14 juillet 1991, où Mitterrand reçoit George Bush, président des États-Unis dont l’hélicoptère atterrit sur les pelouses du domaine. Et surtout, en novembre 1975, celle qui saisit la naissance de la diplomatie moderne : le premier sommet du G6.
On découvre aussi, dans les appartements privés, des photos de famille du président avec son épouse Anne-Aymone et son fils Louis.
« Le défi était de recréer des ambiances sans rien bouleverser : le majordome rangeait tout, c’était son rôle. J’ai donc travaillé en collaboration avec la famille, la Fondation Valéry Giscard d’Estaing et les personnes de référence. J’ai posé de petites touches pour faire vivre les lieux. Ici une chemise, là un livre, ailleurs un disque. » confie Valérie Valéro, la chef décoratrice de cinéma qui a imaginé la scénographie en collaboration avec le Mobilier national.
100 ans de diplomatie

L’ouverture de l’appartement présidentiel s’accompagne d’un nouveau récit de visite : 100 ans de diplomatie à Rambouillet, dont le G6 fut bien sûr le point d’orgue. Car c’est la diplomatie qui caractérise l’occupation présidentielle du château. La chasse en a été l’incarnation dès 1883, avant que les transformations successives n’en fassent un instrument diplomatique à part entière.
Le parcours, pensé à la manière de period rooms, est accompagné d’un journal de bord de 25 pages qui retrace en images chaque séquence diplomatique. Du Conseil suprême des Alliés après la Première Guerre mondiale aux négociations sur le Kosovo en 1999, il raconte 130 ans de rencontres diplomatiques après deux années de recherches menées avec les Archives nationales et les archives diplomatiques.
Concernant le G6 et les futurs G7, un film dévoile les coulisses d’une activation, et des interviews inédites donnent la parole à des témoins de premier plan : Louis Giscard d’Estaing, Jean-David Levitte, Jean-Claude Trichet, Robert Hormats (sherpa de Gerald Ford en 1975), ainsi que Walter Lutringer, majordome du président, et Geoffroy de Roquancourt.

Entre marbre impérial et confort des seventies, Rambouillet révèle le visage intime du pouvoir et invite chacun à découvrir, l’espace d’une visite, les coulisses d’un siècle de diplomatie à la française.
INFOS
100 ans de diplomatie à Rambouillet ! Visite commentée Entrez dans les coulisses de la diplomatie française
Château de Rambouillet
78 120 Rambouillet
Réservation recommandée sur le site du château de Rambouillet
Tarifs : adulte 18,50€ / enfant : 6€
Durée de la visite : 1h30
Article lié à Rambouillet 100 ans de diplomatie sous les lambris
