Dimensions Nathalie A Cabrol signe un thriller métaphysique

Dimensions Nathalie A Cabrol signe un thriller métaphysique. Le rythme du polar au service d’une exploration scientifique qui traverse ésotérisme et écologie.
Léonore Cottrant
On attendait de Nathalie A Cabrol des vertiges quantiques, une plongée dans l’astrobiologie ou un essai de vulgarisation brillant. Elle en a déjà publié plusieurs, dont À l’aube de nouveaux horizons salué par la critique. On n’attendait pas un thriller. Et encore moins un thriller aussi ambitieux.
Avec Dimensions, l’astrobiologiste franco-américaine, directrice scientifique du Centre de recherche Carl Sagan à l’institut SETI, surprend.
Da Vinci code cosmique
Le roman s’ouvre sur l’initiation énigmatique d’un jeune lama tibétain, Tenzin, dans une grotte. Un rite initiatique qui va bien au-delà du sacré traditionnel : le jeune moine fait en effet l’expérience d’une rencontre cosmique avec un « homme bleu » qui l’entraîne aux frontières de la mort, dans une dimension qui annonce une menace majeure pour l’avenir de la terre. Ce messager est également apparu à Léonard de Vinci, qui a laissé derrière lui des carnets énigmatiques emplis de visions et d’avertissements. La réapparition de ces documents, cinq siècles après la mort du maître, coïncide avec l’écrasement d’un objet extraterrestre dans les Andes, un artefact couvert de symboles qui renvoient étrangement aux secrets de la Renaissance.
Ouvert il libère un vortex. Une vision saisissante : « Des ondes s’entrechoquaient, libérant de violentes décharges d’énergie (…) les particules flottaient dans l’air, suspendues comme des poussières d’étoiles tournoyant dans une chorégraphie chaotique (…) ils assistaient à la naissance d’un système planétaire, à la fois familier et étrange. » (p.82). C’est à ce moment que le roman bascule du thriller archéologique vers quelque chose de plus vertigineux.
On pense alors à un Da Vinci Code cosmique. Car l’autrice ne se contente pas d’un roman à clés sur l’art. Avec ses deux enquêteurs, elle nous entraine beaucoup plus loin. Ses limiers ? Carter Walsh, expert des civilisations anciennes, et Kathryn Pearce, agent du FBI spécialisée dans le trafic d’objets d’art. Face à eux, Pieter Van Asten, collectionneur sans scrupules, incarne la force de destruction. Ensemble, ils portent une interrogation philosophique sur la nature de l’univers, la conscience et les dimensions multiples. Au fil du récit, Walsh et Van Asten redécouvrent leur mission cosmique : sauver la Terre, une expérience de pensée d’êtres supérieurs, ou la détruire pour préserver l’harmonie de l’univers.
Physique quantique, cosmologie et métaphysique
Cette exploration résonne fortement avec l’air du temps. On assiste aujourd’hui à un retour en grâce des théories sur un « univers-conscience », à un regain d’intérêt scientifique pour le principe anthropique et à un dialogue renouvelé entre science contemporaine et sagesses anciennes, dont les traditions tibétaines. Des physiciens, neuroscientifiques et cosmologistes rouvrent des questions longtemps jugées trop philosophiques. Un mouvement certes stimulant, mais qui reste controversé.
Nathalie A Cabrol, qui navigue depuis des années entre recherche de vie extraterrestre et réflexion sur la conscience, puise dans ces débats sans sacrifier le rythme du thriller.
Elle réintroduit chaque concept scientifique dans le dialogue ou la narration avec un réel talent de vulgarisatrice. Elle maintient ainsi l’attention tout en faisant avancer l’intrigue.
Mais le procédé atteint parfois ses limites. Les vortex se multiplient au point de s’affadir, et certains passages explicatifs, malgré leur clarté, alourdissent un rythme qu’ils sont censés relancer. Le lecteur lambda peut décrocher.
Cabrol ancre son thriller dans la géographie et les sens
Du Népal aux États-Unis, de Paris aux caches oubliées du Clos Lucé jusqu’aux hauts plateaux andins, chercheurs, agents et forces cosmiques rivales s’affrontent dans une quête haletante. Une attention particulière est portée aux paysages : lac himalayen, campagne tourangelle, lumière californienne, pic andin. Comme d’ailleurs au ressenti : on sent le froid de l’eau des cimes, l’humidité du passage secret du château, la fumée des mégafeux. Le lecteur est sous pression.
Une tension supplémentaire nait de l’intrigue amoureuse qui se dessine entre le « bon » messager et l’enquêtrice du FBI, et du duel avec l’antagoniste, Van Asten, celui qui veut détruire le monde. Éros contre Thanatos mais in fine des forces opposées qui participent d’une même unité, au-delà du bien et du mal.
Dimensions : un thriller métaphysique et écologique
Le roman alerte contre la folie destructrice de l’humanité. Les visions d’un futur possible – océans qui engloutissent les cités, mégafeux, tsunamis, terres calcinées et rivières empoisonnées – montrent une Terre réduite à une coquille vide et noire, rongée par l’avidité et l’égoïsme. Une mise en garde qui ancre le vertige métaphysique dans une réalité à la fois concrète et actuelle.
Nathalie A. Cabrol s’impose avec ce premier roman comme une Indiana Jones contemporaine des vertiges du cosmos, une scientifique qui fait confiance à la fiction pour donner à voir ce que l’équation ne peut pas transmettre.
INFOS
Dimensions
Nathalie A. Cabrol
24,90 €
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