Festival Partage des Arts à L’Isle-sur-la-Sorgue

Festival Partage des Arts à L’Isle-sur-la-Sorgue. Pendant dix jours, l’art contemporain investit chapelle, tour et hôtels particuliers. Une proposition qui fait dialoguer créations audacieuses et patrimoine historique au cœur de la Venise provençale.
Par Léonore Cottrant
Du fluo ! Des arbres dépouillés jusqu’aux cheveux en passant par les ongles. L’installation de la plasticienne Michèle Gignoux joue l’immersion lumineuse dans les ombres de la chapelle des Pénitents bleus.

Un étage plus haut, Hyacinthe Reisch, créateur pluridisciplinaire, peint à la balle de tennis, le meilleur des pinceaux selon l’artiste diplômé du Centre national des arts du cirque. Une approche certes disruptive. « L’idée est née d’une discussion avec mon père sur la perception de l’art comme élitiste. Puis, d’une sorte de pari de le populariser en le rapprochant du sport ». D’où la balle de tennis et le côté performatif.

Au deuxième étage, Laurent Perbos, qui avait installé La Beauté et le Geste sur les marches de l’Assemblée nationale pour les JO 2024, propose dragibus et pyramide de ballons de volley. Un écho, là aussi, à la culture populaire, au détournement des objets du quotidien.
La couleur claque indéniablement dans cette ancienne confrérie religieuse et laïque réalisée par Jean-Ange Brun en 1766, rarement ouverte.
L’art contemporain s’empare du patrimoine

Ces trois expositions s’inscrivent dans le parcours Partage des Arts qui fête sa quatrième édition. « Nous avons reçu 4 000 visiteurs en 2025 » précise Bruno Poyet, l’un des trois organisateurs. Une courbe ascendante qui réjouit ce collectif d’artistes et de mécènes œuvrant pour « faire sortir l’art de l’atelier, le faire vivre, le partager dans les lieux patrimoniaux de L’Isle-sur-la-Sorgue. »

Les bénévoles, foulard distinctif autour du cou, accompagnent touristes et locaux à la découverte de 23 artistes dans 7 lieux emblématiques de la ville. Départ de la visite devant la nano-chapelle attenante à la monumentale collégiale baroque Notre-Dame des Anges, devenue lieu expérimental et QG du festival.

On serpente ensuite dans les ruelles historiques entre fontaines, petits ponts fleuris surplombant la Sorgue, boutiques et restaurants. Car oui, la Venise provençale est une destination touristique très prisée du Vaucluse. Alors, autant profiter de cette popularité pour proposer des escapades découvertes art et patrimoine.
De la Tour d’Argent au Grenier public

Le must de la déambulation est peut-être la Tour d’Argent, un bâtiment du XIIe siècle bâti par les seigneurs régionaux pour faire office de coffre-fort et de lieu festif avec troubadours à l’appui. Aujourd’hui, les troubadours du patrimoine ce sont les artistes. Ils exposent derrière des murs de trois mètres d’épaisseur et vingt mètres de flèche.

Le Grenier public, lui, sert d’écrin à la Fondation Blachère, première fondation d’art contemporain d’Afrique. Dans un grand écart patrimonial, le bâtiment de stockage des grains et céréales, datant du XVIIIe siècle et classé monument historique, accueille une rétrospective de Joseph-Francis Sumégné. L’artiste camerounais, orfèvre de la sculpture contemporaine, donne à voir ses personnages polymorphes faits de matériaux de récupération. Une méditation sur la surconsommation autant qu’un exemple d’upcycling des déchets.

Du Grenier, passage à l’Hôtel de Brancas. Le corps de bâtiment du XIIe-XIIIe siècles s’élève sur 10 mètres. Porche, cour, escalier, édifices ont été restaurés pour 1,2 million d’euros. Dans la cour, une sculpture d’acier de Julien Allègre, artiste qui entoure ses créations de performances sonores et visuelles.
On le retrouve au centre Campredon art & image dans une cour, prémices aux délices d’un jardin magnifié par niches et fontaine. L’hôtel particulier, conçu en L, a été édifié en 1746 par l’architecte l’islois Esprit-Joseph Brun. René Char, immense poète natif de la ville, y avait son bureau au deuxième étage.
Un festival d’ambiances
La sélection fait la part belle aux ambiances.

Dans la salle d’exposition Ciné-sur-la-Sorgue, Emmanuelle Tauss-Keita aligne des tableaux aux ambiances fantomatiques. Objectif : renouer avec ses racines dans le Vexin et son patrimoine de chapelles, champs et processions. Un rien de décalage avec le réel qui laisse une trace, une petite hantise.

Ailleurs le festival opte pour la légèreté et l’onirisme avec les tableaux en nervures et plumes de Patrick di Meglio. Ou bien la facétie avec le cercle de pins de Béatrice Arthus-Bertrand. Ou encore l’exploration des marges, la beauté des interstices avec Claire Illouz.

Les galeries partenaires cultivent également leur singularité avec notamment la Fondation Villa Datris, dédiée à la sculpture. Dans cette grande maison provençale du XIXe siècle en bord de rivière, on découvre l’exposition Méditerranée – Odyssées contemporaines.
Un choix varié, un panel d’imaginaires à découvrir dans un écrin. Et pour les curieux, une oreille, œuvre d’une édition précédente, à dénicher dans la rivière.
INFOS

Site du Festival Partage des Arts
Du 11 septembre au 20 septembre
Gratuit
Visites guidées spécifiques : Proposées notamment les samedis de 16h/16h30 à 18h (tarifs : 8 € par adulte, 5 € pour les enfants, gratuit pour les moins de 10 ans)
Bonus :
Samedi 19 septembre à 12 h : grand déjeuner partagé à Campredon art & image
Visite en vélo-cabs de l’exposition de street art signée Maddam
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